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Chez Dunn’s en 1964

Avant Après
photo d'Archives de la Ville de Montréal, L.P. Meunier, Rue Sainte-Catherine, 1964. VM94A-0138-030
photo PIERRE-PAUL POULIN

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Chez Dunn’s

Sur le trottoir, en 1964, ces piétons attendent de traverser la rue. Peut-être iront-ils manger un sandwich smoked-meat au comptoir de chez Dunn’s Famous Delicatessen ? Comme Ben’s et Schwartz’s, Dunn’s a une longue histoire. Immigrant juif arrivé en 1911, Myer Dunn ouvre en 1927 un modeste comptoir à trois tables sur l’avenue Papineau, près de Mont-Royal. Bientôt, la renommée de ses sandwichs à la viande fumée fait boule de neige. Après l’ouverture d’un second restaurant sur l’avenue du Parc, en 1948, Myer Dunn inaugure en 1955 un troisième établissement au 892, Sainte-Catherine Ouest. Nombre de ses amis voient d’un mauvais œil l’idée du restaurateur d’ouvrir 24 heures sur 24. Certains lui prédisent qu’il se ferait voler « jusqu’à sa chemise » ! Pour introduire ce concept nouveau, Myer Dunn leur répond tout simplement qu’il a jeté la clé de la porte ! La vie nocturne de la rue Sainte-Catherine plaît au restaurateur, qui ouvre en 1958 un cabaret à l’étage de son établissement. 

Sortir au Black Orchid

Sur la scène du Black Orchid, des artistes d’ici et d’ailleurs en mettent plein la vue... et les oreilles. Le pianiste de jazz Maury Kaye est aux oiseaux lorsque Myer Dunn l’engage en 1958 pour jouer jusqu’aux petites heures. Le musicien invite Leonard Cohen et Irving Layton à réciter leurs poèmes. Présentés par Jacques Desrosiers en 1959, les artistes Juliette Béliveau, Janine Gingras, Yoland Guérard et Pière Sénécal conjuguent musique et humour sur scène. Si les Noirs sont souvent refusés à l’entrée des cabarets de l’ouest du centre-ville, ils sont les bienvenus sur les planches du Black Orchid, où leur performance est grandement appréciée. L’exemple le plus flamboyant est la célèbre revue afro-américaine Idlewild d’Arthur Bragg qui fait salle comble en 1960 et 1961. Mais déjà, les cabarets amorcent leur déclin. Ciblé pour fraude sur le prix excessif des consommations offertes aux hôtesses par les clients, mais aussi pour vente d’alcool après la fermeture, le Black Orchid ferme vers 1965. 

D’illustres disparus

Selon la marquise au coin McGill College, le Capitol présente en 1964 le drame judiciaire Twilight of Honor  et le western Cattle King . À son inauguration, le 2 avril 1921, c’est le film muet The Forbidden Fruit qui est au programme, animé par un orchestre de vingt-cinq musiciens. Sous la bannière de Famous Players, le Capitol accueille pour l’occasion les vedettes Elsie Ferguson, Hope Hampton et Alice Brady pour une soirée digne de Broadway. L’ouverture de ce théâtre au décor raffiné consacre ce secteur de la rue Sainte-Catherine Ouest comme un haut lieu du cinéma. Aussi flamboyants que la devanture de Dunn’s, les néons du Capitol, cinéma de Paris, Pigalle et Loews inondent la rue de couleurs vibrantes. Considéré comme le plus beau cinéma au Canada en 1921, le Capitol est rasé en 1973 et remplacé par une tour de bureaux. Quant au Dunn’s de la rue Sainte-Catherine, fermé en 1998, il fut rouvert tout près sur Metcalfe en 2000.