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Une enfant nourrie au gras

Elle doit suivre la diète cétogène depuis trois ans

Laurie Ann Michaud
Photo Chantal Poirier Laurie Ann Michaud suit la diète cétogène, qui mise sur le gras, depuis trois ans. Depuis, la fillette a rattrapé son retard de développement.

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Une enfant de six ans a retrouvé une vie normale depuis qu’elle suit une diète cétogène, qui met l’accent sur le gras. Plutôt que du lait, elle boit de la crème 35 %, et ajoute de l’huile sur sa viande. 

« Lâche la pomme, prend du bacon ! » dit en rigolant le père de Laurie Ann, Sylvain Michaud. « Il faut qu’il y ait du gras dans tout, c’est son énergie », ajoute sa conjointe Chantal Archambault. 

Si la diète cétogène a récemment gagné en popularité au Québec, ce régime particulier a carrément changé la vie de Laurie Ann Michaud. 

Atteinte du syndrome de déficit en transporteur du glucose, l’enfant de six ans avait un grave retard de développement moteur. Les médecins craignaient même qu’elle ne puisse pas marcher. 

« On en a braillé une shot », avoue M. Michaud. 

Dès la naissance, ses parents avaient remarqué de drôles de faciès chez leur fille, et des moments d’absences. 

Après avoir passé une panoplie de tests dans différentes spécialités à l’Hôpital de Montréal pour enfants, le diagnostic officiel est tombé à l’âge de trois ans. 

Cette maladie très rare empêche le cerveau de bien s’alimenter. La solution ? Changer la diète pour éviter les glucides, au profit des lipides.

« C’est comme si nous, on fonctionnait au gaz, et elle, au diesel », compare le père. 

Plus de sucreries 

Pour Laurie Ann, un repas moyen consiste en trente-trois grammes de lipides, deux onces de protéines et sept grammes de glucides. Fini le pain, les pâtes et les sucreries.  

Au quotidien, elle ajoute de l’huile sur sa viande. 

« Dans sa salade César, on ajoute de l’huile en plus de la vinaigrette, et du fromage. Il n’y a pas beaucoup de laitue », avoue son père. 

Lorsqu’elle mange des fruits, elle doit ajouter de la crème fouettée. Plutôt que du lait, la fillette boit de la crème 35 %, diluée dans l’eau.  

« Ça me faisait capoter au début », avoue la mère, qui a trouvé l’Halloween difficile cette année.

Son repas préféré ? « De la pizza ! » répond l’enfant sans hésiter. 

Depuis qu’elle suit ce régime, ses parents ont noté d’immenses progrès, et l’enfant a rattrapé son retard. Si elle y mettait fin, son niveau d’énergie baisserait abruptement. Ainsi, le couple s’est mis à cuisiner davantage.

« Grâce aux gens qui font la diète, il y a plus de recettes qui sortent », se réjouit la mère. 

« Mais ça coûte cher », avoue-t-elle, faisant référence à la farine d’amande.

Syndrome de déficit en transporteur du glucose de type 1

  • Son cerveau n’arrive pas à se nourrir correctement
  • Elle doit suivre une diète cétogène à base de gras 

Une diète qui exige un suivi serré

Bien que la diète cétogène puisse entraîner des carences alimentaires, elle constitue le traitement de prédilection pour certaines maladies. 

« C’est le traitement pour cette maladie-là », dit la Dre Maryam Oskoui, neuropédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants. 

Le pour et le contre 

« Il faut toujours prendre le pour et le contre. Il y a tellement de facteurs qui montrent que c’est essentiel », ajoute-t-elle. 

En fait, Laurie Ann Michaud a changé sa « source d’énergie pour le cerveau », note la spécialiste. 

Populaire auprès des sportifs et des gens qui veulent perdre du poids, la diète cétogène écarte certains aliments pourtant bénéfiques pour la santé. 

Par exemple, dans le cas de Laurie Ann, elle ne doit pas manger plus d’un quart de tasse de fruits à la fois. 

« J’avais peur qu’elle soit un cobaye. Au début, c’était nouveau », avoue Chantal Archambault, sa mère.  

« Et on ne sait pas jusqu’où elle peut aller, si elle triche », s’inquiète-t-elle. 

Pour compenser, l’enfant de six ans prend plusieurs vitamines chaque jour, et est suivie de près à l’hôpital. 

Elle fait aussi des tests d’urine régulièrement pour assurer que tout est normal. 

« C’est sérieux » 

« Il y a des pilules pour le cœur, c’est sérieux », dit la mère. 

Par ailleurs, cette diète particulière est aussi utilisée pour les patients épileptiques. 

À l’Hôpital de Montréal pour enfants, une clinique multidisciplinaire suit de près les enfants qui ont cette diète. 

« Tout est suivi de près », assure la Dre Oskoui. 

Éventuellement, cette dernière espère qu’un médicament pourra aider ces enfants, plutôt que de les contraindre à suivre une diète restrictive.