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Regards anxieux sur 2020

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2020 n’a pas encore une semaine dans le corps que plusieurs s’ennuient déjà de 2019. Ça ne paraissait pas, mais on était tellement tranquille... à l’époque.

Il ne manquait pourtant pas de conflits à surveiller l’année dernière. Sauf qu’en quelques jours d’escalade qui ont culminé avec l’assassinat de Qassem Soleimani, le légendaire commandant d’Al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution iranienne, les États-Unis se trouvent, une nouvelle fois, empêtrés dans une crise grave au Moyen-Orient.

La suite reste imprévisible, mais avec les 3000 soldats additionnels que le Pentagone envoie dans la région (en plus des 750 dont le président Trump avait ordonné le déploiement la veille du Nouvel An) et les références alarmistes de différents commentateurs — tel le Daily Express de Londres qui demande à quoi ressemblera la « Troisième Guerre mondiale après que l’Iran a promis une vengeance vigoureuse contre l’Amérique » —, on peut se permettre de craindre le pire.

Malgré les constants coups de gueule du président américain, 2019 s’est écoulée relativement paisiblement. Donald Trump est aux prises, pour amorcer l’année, avec non pas une, mais deux possibilités d’affrontements, voire de guerres en bonne et due forme, à une extrémité et à l’autre de la planète.

D’ABORD, LES IRANIENS...

Aucun doute, devant la puissance militaire américaine, le régime des ayatollahs ne fait pas le poids. Si le face-à-face prenait le moindrement une forme traditionnelle, la sophistication des troupes américaines, couplée à l’ampleur et à la qualité de l’arsenal des États-Unis, ne laisserait aucune chance aux combattants iraniens.

Sauf que, comme le souligne le New York Times, Téhéran est devenu maître du ciblage de soft targets. Pas plus cave qu’un autre, l’ayatollah Khamenei ne lancera pas son armée dans un choc frontal avec les GIs ; ses victoires consisteront à déstabiliser l’ordre occidental, dans le golfe Persique comme aux États-Unis.

Au Moyen-Orient, il faut s’attendre à des attaques rapides contre les soldats américains, à des tirs de missiles contre l’Arabie saoudite, à des hit and run contre des pétroliers autour du détroit d’Ormuz et à des menaces contre Israël, bref tout pour forcer Washington à s’investir un peu plus dans une région que le candidat Trump en 2015 avait promis de quitter.

Les Iraniens ont aussi développé d’impressionnantes capacités de cybernuisance qui risquent de mettre sur les dents tout le système bancaire et financier américain.

... PUIS, LES NORD-CORÉENS

À 6400 km de Téhéran, Kim Jong-un dans sa capitale est à peine moins discret. L’accalmie née de la diplomatie personnalisée de Donald Trump arrive à terme. Quelqu’un au cours des rencontres entre le leader nord-coréen et le président américain a compris que l’autre allait faire un compromis.

Washington attend que Pyongyang abandonne son programme nucléaire pour lever les lourdes sanctions imposées au régime dictatorial, pendant que la Corée du Nord refuse de bouger tant que les sanctions n’auront pas été assouplies, voire effacées. L’impasse totale !

Kim Jong-un menace maintenant de reprendre ses essais de missiles nucléaires et annonce une « action sidérante », possiblement avec sa « nouvelle arme stratégique ». Nul besoin de beaucoup d’imagination pour percevoir là un retour au « feu et à la furie » entre Américains et Nord-Coréens. Rien de rassurant. Reste qu’avant de se lancer dans la bataille — dans les batailles, au point où on en est —, il vaudrait la peine de se rappeler la question du général américain David Petraeus tout juste avant l’invasion de l’Irak en 2003 : « Dites-moi comment tout ça va finir. » L’Irak a été un désastre pour les États-Unis. Peut-on prédire que tout ira mieux... cette fois ?

Dix points chauds à surveiller en 2020

1. Iran : Après l’assassinat de Qassem Soleimani, Téhéran promet vengeance.

Dans la mire : les troupes américaines au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite et le détroit d’Ormuz.

2. Corée du Nord : Fatigué d’attendre la levée des sanctions, Kim Jong-un annonce une reprise des essais nucléaires et promet une « action sidérante ».

3. Chine : Deux épines aux pieds : les manifestants prodémocratie à Hong Kong qui ne fléchissent pas et l’économie chinoise qui a besoin d’un solide remontant.

4. États-Unis : L’élection présidentielle du 3 novembre pourrait définitivement transformer le pays, surtout si Donald Trump remporte un deuxième mandat.

5. Brexit : Ce ne sera pas simple, mais si le premier ministre britannique Boris Johnson gagne son pari et sort le Royaume-Uni de l’Union européenne, la tourmente risque d’affecter toute l’économie mondiale.

6. Libye : Il se déroule déjà là une « guerre mondiale » à petite échelle, impliquant les Russes, les Turcs, les Égyptiens, d’autres Arabes, des Européens. Bref, le bordel !

7. Cachemire : La répression indienne ne faiblit pas ; la résistance non plus. Il y a toujours une dose d’angoisse à se rappeler que les deux grands joueurs — l’Inde et le Pakistan — sont des puissances nucléaires.

8. Venezuela : Les États-Unis (et le Canada, d’ailleurs) avaient tout misé sur le chef de l’opposition, Juan Guaidó. L’armée est restée solidaire du président Nicolás Maduro, toujours bien en poste. Entre-temps, à bout d’espoir, l’exode des Vénézuéliens se poursuit.

9. Afghanistan : La plus longue guerre de l’histoire américaine prendra peut-être fin en 2020. États-Unis, out ! Taliban, in ! Pauvres Afghans !

10. Climat : De cette crise, tout le monde en pâtit. Les températures grimpent, les sécheresses s’accentuent, les océans montent. La COP26 se tiendra à Glasgow, en Écosse, en novembre. Ça prend des solutions !