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Des réfugiés syriens bien enracinés au Québec

Ils sont débarqués il y a quatre ans et se disent toujours heureux d’être ici

GEN - UNE FAMILLE DE RÉFUGIÉS SYRIENS
Photo MARTIN ALARIE Les membres de la famille Romhein ont quitté leur petit appartement et vivent maintenant dans une maison qu’ils louent à Laval, avec leurs nouveaux chatons de quelques mois Tomate et Baily. De gauche à droite : Laura Moussa, Najat Tayar, Evan, Loay et César Romhein.

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Des réfugiés syriens arrivés à Laval avec rien d’autre que leurs valises il y a quatre ans se disent maintenant heureux de payer des impôts et d’avoir réussi à faire venir la grand-mère de la famille.   

« On a pris la bonne décision [en venant au Québec]. Et vous avez pris la bonne décision [en nous accueillant] », dit Loay Romhein.    

Le Journal suit la famille Romhein depuis leur arrivée en 2015. Leur vie entière se trouvait alors dans six valises. Leur appartement ne contenait rien d’autre qu’un matelas posé sur le sol.     

L’accueil massif de réfugiés syriens avait fait régulièrement les manchettes. Il faut dire que peu après son élection, le gouvernement Trudeau en a fait venir pas moins de 25 000.     

Mais quatre ans plus tard, comment se portent les réfugiés de cette vague ?     

« On n’en a plus trop entendu parler parce qu’il n’y a pas vraiment eu de problème », résume Lida Aghasi, du Centre social d’aide aux immigrants (CSAI).    

Reste que beaucoup de réfugiés qui se sentent maintenant Canadiens continuent à angoisser pour leurs proches laissés derrière.    

Retrouvailles  

Cela a été le cas de Loay Romhein pendant près de deux ans. Sa mère, qui souffre de problèmes cardiaques, se trouvait toujours en Syrie. En plus des risques de bombardement et d’enlèvement, la vie y était compliquée par le manque d’électricité et de carburant, des problèmes qui perdurent, explique-t-il.    

Puis, à l’été 2017, la famille a poussé un soupir de soulagement. Najat Tayar a posé ses sacs à son tour, rejoignant son fils, sa bru et ses petits-fils ayant beaucoup grandi.    

Quand on lui demande ce qu’elle aime du Québec, elle s’exclame : « tout » en arabe. Même la neige, laisse entendre la femme de 76 ans en faisant semblant de mouler une boule de neige.    

Pour les parents, les journées sont souvent longues, avoue M. Romhein, qui travaille parfois 18 heures par jour.    

Comme il était technicien dentaire en Syrie, il a ramé fort pour passer les examens et obtenir son permis de pratique de l’Ordre qui régit cette profession ici.    

Depuis, il a démarré son entreprise, Romhein Lab inc. Son laboratoire rend donc des services spécialisés notamment en orthodontie et ses principaux clients sont des dentistes, dit-il.    

Participer à la société  

« On est les premiers à être contents de payer des taxes. On sait qu’elles seront bien utilisées. Et on sent qu’on participe [à la société] », dit l’homme de 45 ans.    

« On n’a aucun regret », abonde son épouse Laura Moussa, 40 ans.    

Elle travaille depuis mars pour une compagnie québécoise de filtres, où elle fait la comptabilité et de la bureautique. Même si elle parle maintenant autant la langue de Molière que celle de Shakespeare, elle continue de suivre des cours de français le soir dans le but d’étudier à l’université.    

Ils n’oublieront jamais leur pays d’origine, mais ils se sentent chez eux ici, disent-ils.   

Sélectionné par cinq écoles  

Les parents de César, 12 ans, ont eu toute une surprise quand ils ont appris que leur fils avait été accepté dans cinq écoles secondaires pour l’an prochain, dont plusieurs
sélectives.    

L’aîné de la famille ne parlait pas un mot de français quand il est arrivé au Québec en 2015.    

Cet automne, il a passé les examens de plusieurs établissements, certains privés, et même ceux une école internationale.    

« On est tellement fiers », dit Laura Moussa.    

« [Les garçons] ont de bonnes notes avec zéro aide de notre part », abonde Loay Romhein.   

Dur, dur, la francisation  

Même s’il est maintenant capable d’exprimer une panoplie d’idées en français, Loay Romhein avoue avoir encore de la difficulté à décoder ce que les autres lui disent, contrairement à sa femme et ses enfants.    

Par exemple, il a beau écouter, il peine à distinguer les mots « vous » et « vois », illustre-t-il.   

Selon Nayiri Tavlian de Hay Doun, la plupart des cours de francisation sont peu adaptés aux adultes qui ont quitté les bancs d’école depuis « belle lurette ». C’est pourquoi l’organisme a créé ses propres cours, consacrés entièrement au français oral.    

Beaucoup de réfugiés syriens ont acquis un français « fonctionnel » qui leur permet d’exercer un boulot dans un domaine manuel, indique Lida Aghasi du CSAI.    

Plus peur des autoroutes  

En 2016, Loay Romhein racontait être dépassé par les problèmes de congestion routière dans la région métropolitaine. Il a donc dû apprendre à conduire dans le trafic, mais il évitait toujours les autoroutes quatre mois après son arrivée.    

C’est maintenant chose du passé, dit celui qui a notamment roulé jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard dans le cadre de son travail.    

Inquiets pour leurs proches laissés derrière  

Des organismes sont ensevelis sous la paperasse de réfugiés syriens qui se butent à la bureaucratie pour faire venir leurs proches restés au pays.    

« On a plus de 300 dossiers en attente » de personnes ou de familles à parrainer, indique Nayiri Tavlian, de l’organisme Hay Doun.    

« Et on a arrêté d’en prendre », ajoute-t-elle.    

La plupart des réfugiés syriens arrivés depuis 2015 se sont trouvé un emploi. Leurs enfants vont à l’école, où ils absorbent le français comme des éponges, soulignent les représentants de quatre organismes interrogés.    

Plusieurs se sont d’ailleurs fait une fierté de contacter les intervenants qui les avaient accompagnés à leur arrivée pour les informer qu’ils ont obtenu leur citoyenneté, raconte Paul Clarke, d’Action réfugiés Montréal.    

Des quotas  

Mais tout en étant heureux au Québec, ils restent préoccupés par la situation de leurs proches restés en Syrie ou dans des camps de réfugiés.    

Or, en raison des quotas imposés par le gouvernement provincial, Immigration Québec n’acceptera que 750 demandes de parrainage collectif de réfugiés entre janvier et juin.    

« Ça se bouscule au portillon », dit Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées.    

Derrière leur grande reconnaissance envers les Québécois, tout n’est pas « rose à 100 % », avoue Mme Tavlian.     

Traumatismes  

Beaucoup ont connu l’horreur et vivent encore avec des traumatismes.    

« Quatre ans, ce n’est pas suffisant » pour s’en remettre, surtout que le système de santé peine à répondre à la demande pour des suivis psychologiques, selon Mme Tavlian.   

« On a dû embaucher des intervenants psychosociaux. »   

« Mais quand on prend soin d’eux, ils sont éternellement redevables », dit Mme Tavlian.    

D’ailleurs, aucun des réfugiés syriens accompagnés par Hay Doun n’a quitté le Québec depuis 2015.