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Une croix « magique » qui ne suscite aucune polémique

La Croix de Parra est actuellement exposée au Palais du Marquis de los Arcos, sur la Place de la Cathédrale, dans la Vieille Havane.
Photo Jacques Lanctôt La Croix de Parra est actuellement exposée au Palais du Marquis de los Arcos, sur la Place de la Cathédrale, dans la Vieille Havane.

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Non, ce n’est pas la croix de l’Assemblée nationale du Québec, dont le retrait du Salon bleu a suscité de nombreuses polémiques, mais bien celle que l’amiral Christophe Colomb a plantée lors de son premier voyage en Amérique, le 1er décembre 1492, à l’entrée de la baie de Baracoa plus précisément, dans la province orientale de Guantanamo, à Cuba. Cette croix possède une longue histoire qui mérite d’être connue.   

Cette croix en bois est la première des 29 croix que Christophe Colomb a plantées au nom du roi d’Espagne lors de ses expéditions en Amérique mais c’est la seule qui a été conservée jusqu’à aujourd’hui. Elle a été redécouverte vingt ans plus tard par l’envoyé du roi, Diego Velasquez, qui avait accompagné Colomb lors de ses voyages précédents. Elle était alors recouverte de vignes sauvages, qu’on trouve le long des côtes cubaines, appelée « parra », d’où son nom de Cruz de Parra. À partir de ce moment, la croix fut utilisée dans toutes les manifestations religieuses, y compris pour l’évangélisation des populations autochtones.   

La Croix de Parra, érigée par Christophe Colomb, est exposée en temps normal dans l’église de Baracoa.
Photo Jacques Lanctôt
La Croix de Parra, érigée par Christophe Colomb, est exposée en temps normal dans l’église de Baracoa.

En 1511, Velasquez fonda alors la première ville espagnole de l’île, Baracoa, et fit construire une modeste cathédrale où fut exposée la fameuse croix, qu’on commença à vénérer et à laquelle on attribuait des propriétés miraculeuses. Elle fait désormais partie des processions et on l’implore pour se protéger des ouragans, des inondations, des tremblements de terre, des sécheresses, des épidémies et autres fléaux naturels. Mais surtout des attaques des pirates et de l’ennemi anglais.   

Ainsi, lorsque ces derniers s’apprêtaient, en 1807, à faire main basse sur le petit village, on raconte qu‘un artilleur espagnol, après avoir invoqué dévotement la Croix de Parra, chargea son canon et fit feu sur l’infanterie de la marine anglaise qui débarquait sur la plage. Les pertes furent énormes et l’ennemi dut battre en retraite. La croix devint ainsi de plus en plus célèbre, de sorte que tous les dignitaires qui venaient se prosterner devant la relique en profitaient pour lui arracher un petit bout de bois, à ses extrémités, qu’ils conservaient comme un talisman pour ses protéger du mauvais sort. Petit à petit, la croix perdit sa taille initiale. Elle mesurait, au départ, sept pieds de hauteur mais aujourd’hui elle fait moins d’un mètre. Pour la protéger, on plaça, à ses extrémités, des plaquettes d’argent.   

  

Le palais du Marquis de los Arcos, sur la place de la Cathédrale, dans la Vieille Havane.
Photo Jacques Lanctôt
Le palais du Marquis de los Arcos, sur la place de la Cathédrale, dans la Vieille Havane.

Il y a quelques années, pour s’assurer de l’authenticité de la relique, des scientifiques de l’université de Louvain, en Belgique, ont effectué des tests au carbone 14 pour déterminer son âge exact : entre 860 et 1530. On a pu aussi confirmer que le bois utilisé, le « Coccoloba diversifolia », provenait non pas d’Espagne mais de la région de Baracoa.   

Cette croix, qui était jusqu’à tout récemment exposée dans l’église de Baracoa et qui a été déclarée Monument national en 2011, cinq cents après la fondation de Baracoa, peut être vue, jusqu’à la mi-janvier, au Palais du Marquis de Arcos, sur la Place de la Cathédrale, dans la Vieille Havane. C’est sans doute le propre d’une société libérée de tous ses tabous et fière de ses origines de pouvoir honorer ses symboles historiques et religieux sans que cette manifestation ne suscite d’oiseuses polémiques.