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Horreur Weinstein

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Le procès de Harvey Weinstein a commencé lundi à New York. Si vous trouvez que les accusations sont graves, vous devriez lire les deux livres écrits par les journalistes qui ont reçu le prix Pulitzer pour leurs enquêtes dans le New York Times et le New Yorker.  

Ça donne froid dans le dos.  

LA PEUR AU VENTRE  

Je vous le confirme : lire l’un après l’autre She Said (de Jodi Kantor et Megan Twohey) puis Catch and Kill (de Ronan Farrow) fait bien plus peur que lire des livres de Stephen King ou Patrick Sénécal. Parce que cette histoire-ci... est vraie.  

Harvey Weinstein a engagé une compagnie, Black Cube, formé d’anciens des services secrets israéliens, qui ont espionné, surveillé 24 heures sur 24, piégé ou intimidé les journalistes qui enquêtaient sur lui.  

Une espionne, excellente comédienne, est devenue amie avec l’une des présumées victimes pour lui soutirer de l’information sur le livre que celle-ci s’apprêtait à écrire sur Weinstein. De faux comptes Twitter étaient créés pour saloper la réputation de ses présumées victimes.  

En lisant ces livres, vous apprenez qu’il existe une compagnie qui se charge de « corriger » sur Wikipédia les informations qui sont dérangeantes pour leurs clients et les remplacer par des informations à leur avantage.  

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Et que Ronan Farrow plaçait une copie de ses notes d’enquête dans un coffret de sûreté à la banque pour que son enquête soit publiée au cas où il lui arriverait quelque chose.  

Rassurant, n’est-ce pas ?  

UN GARS UNE FILLE  

Mais il y a aussi autre chose qu’on apprend : c’est que les femmes sont parfois les pires bourreaux des femmes. Tout au long des agressions présumées, ce sont des femmes à l’emploi d’Harvey Weinstein qui attiraient ses proies dans une chambre d’hôtel.  

C’est une de ses employées qui était en charge de lui procurer, dans un petit sac brun, une seringue remplie de médicament contre la dysfonction érectile qu’il se plantait dans le pénis avant ses agressions. Des femmes complices, voyaient, savaient et ne faisaient rien.  

Lisa Bloom, une avocate qui se spécialisait dans les causes de femmes agressées (!!!), a viré de bord et a travaillé (à fort prix) pour Weinstein en lui promettant : « Je sais exactement comment ces femmes-là fonctionnent, je vais t’aider à les faire taire ». Plus machiavélique que ça, tu meurs.  

Quand des gens ont dit aux organisateurs politiques d’Hilary Clinton de se tenir loin de Weinstein car c’était un prédateur sexuel, la candidate a fait la sourde oreille : elle recevait des millions de Weinstein pour sa campagne électorale.  

Lorsque Hilary Clinton a su que Farrow enquêtait sur son « ami » Weinstein, elle a annulé une entrevue qu’elle devait lui donner pour un autre livre portant sur la politique internationale.  

Le plus ironique, c’est que c’est un homme, au sein de la compagnie de Weinstein, qui a le plus collaboré avec les journalistes pour couler des documents montrant noir sur blanc que le producteur avait, pendant 20 ans, fait taire des dizaines de femmes.  

L’ÉCRAN NOIR  

On ressort de ces lectures en se disant que la réalité dépasse la fiction.  

Même dans les films les plus déjantés produits par Weinstein, un scénariste n’aurait pas pu imaginer une histoire aussi horrible de viol, de complot, d’espionnage et de corruption.   

Édito de Sophie Durocher