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La FTQ prône un nouvel impôt pour le 1 % des plus riches

Environ 65 000 Québécois ont des revenus supérieurs à 220 000 $ par année

Daniel Boyer
Photo Francis Halin Le président de la FTQ, Daniel Boyer, présentait, hier, dans la métropole, le bilan annuel de la centrale syndicale. M. Boyer ne dit pas non à un nouvel impôt sur la fortune pour aller chercher plus d’argent dans les poches du 1 % des plus riches.

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Le président de la FTQ, Daniel Boyer, prône un nouvel impôt sur la fortune (ISF) pour aller chercher de l’argent dans les poches du 1 % des plus riches. 

« Quand tu en as assez pour bien vivre dans la vie, me semble que c’est suffisant. Quand tu as cinq maisons un peu partout dans le monde, trois chalets, deux hélicoptères, deux bateaux, il me semble que tu en as assez. Partage un peu », a laissé tomber au Journal le numéro 1 de la FTQ, Daniel Boyer, hier.Le grand patron de la centrale syndicale, qui représente plus de 600 000 travailleurs, a fait cette déclaration en marge du bilan annuel de son organisation à ses bureaux montréalais. 

D’après Daniel Boyer, le Québec doit faire comme Ottawa et ajouter au plus vite de nouveaux paliers d’imposition pour que les plus riches payent enfin leur juste part. 

Quand on lui demande s’il estime que l’ajout d’un nouvel impôt sur la fortune (ISF), comme l’a déjà eu la France, serait une bonne chose, il ne passe pas par quatre chemins. 

« On est tout à fait favorable à ça, un impôt sur la fortune (ISF). Les mieux nantis de notre société doivent en faire davantage et surtout éviter l’évasion fiscale. Il y a de l’argent là », a-t-il ajouté. 

Au Québec, en 2017, plus de 65 475 contribuables faisaient partie de ce « club sélect » des 1 % les plus riches avec un revenu de plus de 220 000 $ par année. 

Pas comme aux États-Unis 

Joint par Le Journal, Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, a tenu à rappeler que la situation du Québec est différente des États-Unis. 

« Contrairement aux États-Unis, la part du revenu total gagné par le 1 % québécois n’a pas augmenté depuis le début des années 2000. Ici, la part du revenu total accaparé par le 1 % des plus riches est plus de deux fois moins qu’aux États-Unis (10,1 % comparativement à 21,45 % du revenu total) », a souligné le fiscaliste. 

D’après Luc Godbout, il faut se pencher sur le système d’imposition actuel pour aborder la question de la création d’un nouvel impôt sur la fortune (ISF). 

« Avant de se prononcer sur la pertinence d’ajouter ou non un impôt sur la fortune (ISF), il faut savoir qu’au Québec, la combinaison des impôts sur le revenu (fédéral et Québec) semble assez bien fonctionner. Le groupe du 1 % a gagné 10 % du revenu total, mais a payé 18,8 % du total des impôts sur le revenu », a-t-il précisé. 


En 2019, la France qui avait un impôt sur la fortune l’a laissé tomber au profit d’un impôt sur la fortune immobilière. 

Une mise en garde au sujet du « cheap labor » 

Le président de la FTQ met en garde les patrons d’entreprises qui pourraient être tentés de recourir à des travailleurs étrangers comme du « cheap labor ». 

« Il ne faut pas accueillir des travailleurs étrangers temporaires pour que ça soit du “cheap labor”, comme on l’a fait dans le milieu agricole en leur interdisant de se syndiquer », a prévenu hier le président de la FTQ Daniel Boyer. 

Selon le dirigeant syndical, le recours aux travailleurs étrangers peut être nécessaire en période de pénurie de main-d’œuvre. Sa centrale est même d’accord avec les groupes patronaux qui veulent y recourir, mais il pense qu’ils doivent avoir les mêmes droits. 

« Il faut permettre aux employeurs d’avoir accès à de la main-d’œuvre, mais pas à n’importe quel prix et que ça ne soit pas du “cheap labor”, qui a pour effet de diminuer les conditions de travail de l’ensemble des travailleurs du Québec, incluant les travailleurs immigrants eux-mêmes », a souligné Daniel Boyer. 

M. Boyer estime que le gouvernement Legault a réglé une bonne partie du problème récemment avec son nouveau règlement concernant les agences de placement. 

La centrale syndicale dénonce les Desmarais 

La FTQ, qui fait partie du plan de relance des journaux du Groupe Capitales Médias (GCM) par l’entremise du Fonds de solidarité FTQ, dénonce l’attitude des dirigeants de Power Corporation dans le dossier. 

« Il y a des gens qui se sont fait jouer un tour avec la vente de ces journaux-là des Desmarais à monsieur Cauchon », a laissé savoir au Journal le président de la FTQ, Daniel Boyer, hier. 

Même s’ils déplorent que les retraités de GCM risquent de perdre 30 % de leur rente, M. Boyer pense qu’il faut saluer le fait que ces journaux puissent maintenir leurs activités. 

« C’est important pour la démocratie au Québec. C’est important pour l’information régionale que ces six médias-là survivent », a-t-il insisté.