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L'ignorance de Trump pourrait lui coûter le Moyen-Orient et la présidence

L'ignorance de Trump pourrait lui coûter le Moyen-Orient et la présidence
AFP

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Dans mon premier billet depuis le retour au travail lundi, je soulevais la question de l’expertise de l’équipe qui conseille le président dans le dossier iranien.  

Nous apprenions dans la soirée de mardi que l’Iran avait réagi une première fois à la mort de Qassem Soleimani. Il est trop tôt pour déterminer s’il s’agit d’une seule frappe ou si l’attaque contre deux bases en Irak ne constituait que la première d’une série d’interventions. 

Au moment d’écrire ces lignes, peu de choses ont filtré de la réaction de Donald Trump à cette réplique iranienne. Le président songerait à une allocution télévisée pour expliquer à ses concitoyens ce qu’il entend faire. Si depuis jeudi dernier les observateurs craignaient une escalade, ils auront eu raison de s’inquiéter. 

Si les États-Unis peuvent très bientôt être confrontés à une autre guerre, Donald Trump devra rendre des comptes. Il peut vociférer et associer les démocrates à des sympathisants iraniens comme il l’a fait mardi soir, ce conflit pouvait être évité. Il n’est pas question ici d’épargner le cruel régime iranien, mais bien de comprendre l’ensemble de la situation. 

En décidant d’éliminer un général dont il ne connaissait même pas l’identité (il l’a confondu avec un leader kurde), le président s’est une fois de plus laissé aller à un geste impulsif. Sa gouvernance erratique et son ignorance des affaires du monde pourraient provoquer la perte du Moyen-Orient et, peut-être, de sa présidence. 

Depuis trois ans, le président a provoqué ses alliés, renoncé à des ententes internationales ou encore tenté de servir ses intérêts personnels comme ce fut le cas en Ukraine. Son refus d’écouter ou de mieux s’entourer lui a coûté l’expertise des Dan Coats, Jim Mattis, John Kelly et bien d’autres. Le bilan de sa politique étrangère est plus que discutable et les États-Unis pourraient bien ne jamais retrouver leur statut. 

Les partisans du président apprécient ses coups de gueule, son caractère bouillant et son audace. Mais se soucient-ils de sa stratégie? Outre son désintérêt pour le globalisme, je cherche toujours à définir les grandes articulations de sa politique étrangère. Une étrange sensation de tenter de clouer du Jello au mur... 

Observez bien une carte du Moyen-Orient et dites-moi ce que vous envisagez comme sortie de crise pour les États-Unis. Les Irakiens sont mécontents et leur pays semble être redevenu le terrain des opérations, l’Iran avait déjà tissé sa toile dans la région dont il constitue actuellement une force, la Russie est plus solidement implantée en Syrie, les relations avec la Turquie sont pour le moins tendues et les alliés occidentaux sont ébranlés. 

Si le président Trump a été élu en promettant de ramener les troupes au pays, vous croyez qu’une guerre n’entraînera pas une présence américaine prolongée sur le terrain? Et qui souhaite maintenant venir en aide à un allié infidèle qui les a parfois lâchement abandonnés? Même Israël tentait lundi de se distancier de l’attaque américaine. 

Il y a déjà un certain temps qu’on prédit à cette administration une crise internationale et elle pointe maintenant le bout du nez. Jusqu’à maintenant, le président a bien mal évalué la portée de ses décisions et son attitude belliqueuse le force maintenant à faire preuve d’une sagesse et d’un jugement qu’on ne lui connaît pas.  

Je termine ce billet en faisant référence à une déclaration de Leon Panetta (Washington Post du 7 janvier), ancien directeur de la CIA et ancien secrétaire à la Défense : «The 21st century in particular has been defined by wars that are easy to get into but difficult to get out of. Terrorism and hybrid wars have made it much more challenging to play by the old rules and achieve victory.» Traduction libre: les guerres du 21e siècle sont faciles à démarrer, mais il est très difficile d’en sortir ou de vaincre. Les règles traditionnelles ne s’appliquent plus. 

Pendant ce temps Kim Jong-un fanfaronne et la Chine progresse toujours.