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Donald Trump a-t-il remporté son bras de fer avec l'Iran?

Donald Trump a-t-il remporté son bras de fer avec l'Iran?
AFP

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Appelé à commenter en direct l’allocution de Donald Trump hier midi, je ne pouvais que me réjouir que le pire ait été évité.  

Solennel, mais ferme, le président est parvenu à passer un certain nombre de messages. Il a d’abord rassuré ses compatriotes en précisant qu’aucun américain n’avait perdu la vie dans la réplique iranienne, soulignant au passage le dévouement du partenaire irakien, lui aussi épargné. L’Irak avait bien besoin d’une petite tape dans le dos alors que le pays est le théâtre de cet affrontement.   

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Donald Trump a profité de l’occasion pour préciser ce que serait sa «red line», la ligne rouge à ne pas franchir: pas de nucléaire pour l’Iran. S’il a été ferme, il a malgré tout ouvert la porte à des négociations ainsi qu’à une plus grande participation de ses alliés.    

Reste à voir ce que les alliés et l’OTAN offriront à un partenaire qui a été bien souvent récalcitrant et impulsif. Lors de sa conférence de presse d’hier après-midi, Justin Trudeau a été particulièrement réservé et prudent quand on l’a interrogé sur la question. Le Canada poursuivra son action pour lutter contre le terrorisme, mais le premier ministre ne s’est pas aventuré plus loin.   

Le président sait aussi qu’une portion de la population iranienne manifeste sa grogne contre les dirigeants et il leur a lancé un appel. Inviter ces gens à se rapprocher des États-Unis qui n’auraient que des intérêts pacifiques constitue un pari qui ne coûte rien et qui maintient la pression sur les autorités iraniennes.   

Pendant son allocution, le président n’a pu résister à la tentation de marquer des points au plan politique. Il n’a pas manqué d’attaquer l’administration précédente, lui reprochant son manque de fermeté et même le financement des opérations iraniennes! Vous ne serez probablement pas étonnés d’apprendre que la dernière affirmation relève de la plus pure tradition des fake news.   

À court terme, le président peut projeter l’image d’un leader fort et déterminé, mais lui pardonnera-t-on le caractère improvisé de sa politique étrangère?   

Si on peut se réjouir de la tenue manifestée par le président américain hier, je n’irais pas jusqu’à affirmer qu’il a gagné son pari. Il a offert peu de nouvelles avenues dans son discours. Outre sa détermination à frapper ponctuellement, il revient avec des sanctions économiques et des négociations. Du pareil au même, more of the same, comme on dit chez nos voisins. Il ne voudrait donc pas d’un long conflit, il est conséquent sur ce point, mais sa stratégie ne diffère pas de celle proposée jusqu’à maintenant. Comment espérer des résultats différents?   

La journée d’hier est donc propice à une désescalade, mais l’Iran n’a pas répondu au message de l’Américain et d’autres groupes proches du régime n’ont probablement pas dit leur dernier mot. Sans compter que dans cette région instable, la majorité des voisins de l’Iran n’ont guère apprécié le coup d’éclat des États-Unis qui a mené tout ce beau monde en état de crise.   

Réjouissons-nous pour l’instant de ce répit, mais gardons l’œil ouvert. Donald Trump tente de s’attribuer une victoire alors qu’on a plutôt l’impression d’un geste impulsif et d’une réplique disproportionnée qu’on récupère à des fins politiques. Nous ne sommes pas plus près de la stabilité au Moyen-Orient ou d’un changement majeur en Iran.