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Rêver l'école

Rêver l'école
Photo Simon Clark

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À la fin de la dernière année scolaire, le gouvernement Legault lançait des appels d’offres pour la construction de 14 écoles secondaires à travers la province, dont une nouvelle à Québec sur le territoire de ma commission scolaire.   

Le ministère de l’Éducation a récemment produit un guide de planification immobilière pour le primaire. Ce document contient les critères qui guideront la construction des écoles primaires au Québec.      

Au secondaire, des travaux actuellement en cours alimentent l’écriture d’un guide semblable à paraître.      

Néanmoins, pour le commun des mortels, lorsqu’il est question de la conception de l’école de demain, il est impossible de passer sous silence le projet fort médiatisé du Lab-École.      

Selon nos trois mousquetaires, cette opportunité de réfléchir collectivement à l’école que nous voulons est l’occasion de vivre un projet de société: créer les meilleures écoles du Québec, celles qui favorisent pleinement le bien-être des élèves et de tous ceux qui gravitent autour d’eux.      

Un choix facile  

Rénover ou construire des écoles, dépenser pour des infrastructures et créer des emplois... Politiquement, il s’agit d’un choix facile et payant en votes. Le beau, ça reste visible longtemps. Ce n’est pas comme l’embauche d’orthopédagogues dans les écoles primaires.     

À ne pas en douter, ces écoles seront à des années-lumière de nos gros amas de béton dépourvus de fenêtre, une gracieuseté de l’inspiration «prison» des années 70.      

Toutefois, j’espère que la construction de ces bijoux nous permettra d’aller beaucoup plus loin.      

Même si je rêve d’enseigner dans une école «physiquement» inspirante, se contenter d’une belle école est un objectif nettement insuffisant.     

Un Lab-École du contenu  

Pour un amateur de physique classique, l’inertie est proportionnelle à la masse d’un corps. Plus celle-ci est grande, plus la force requise pour modifier son mouvement sera importante.     

Un concept que l’on peut utiliser afin d’illustrer la résistance aux changements: plus le nombre d’individus concernés par un changement est élevé, plus l’inertie sera grande.     

Ainsi, malgré la bonne volonté de divers intervenants, il s’avère difficile de changer notre culture organisationnelle. Et si cette culture ne change pas, nous aurons seulement construit des écoles charmantes.     

Si un projet comme celui du Lab-École prend bien soin d’améliorer le contenant, il est plus que temps de s’attaquer au contenu.      

Comment?  

Selon moi, la construction d’une nouvelle école secondaire représente l’occasion unique et idéale de rassembler des gens ayant le goût de relever un défi commun: créer un projet éducatif novateur.     

Lors de la création de ce projet, il faudra avoir l’audace (et l’argent) de remettre en question nos façons traditionnelles de penser l’école.     

Je rêve d’une école originale et différente que l’on fréquentera pour son programme de formation générale. Une école sans projets particuliers sélectifs. Un milieu de vie où le superbe contenant sera au service d’un contenu tout aussi spécial.      

Je rêve d’une école qui s’associera avec les universités de son voisinage. Un milieu où la recherche et la pratique collaboreront dans le but de favoriser le bien-être des élèves et de tous ceux qui gravitent autour d’eux. Une école où toute l’équipe se mobilisera autour de l’enseignement efficace et de la gestion efficace des comportements.      

Je rêve d’une école où l’horaire permettra au personnel de suivre une formation continue à l’intérieur de ses murs. Une école où l’organisation du temps, de la tâche et de l’horaire pourront servir à explorer des alternatives. Une école où l’on pourra remettre en question certaines «traditions». Par exemple, les règles de formation des groupes, le nombre de périodes d’enseignement pour une tâche à temps plein, les tâches complémentaires, la grille-matières, l’horaire des élèves, etc.     

Je rêve d’une symbiose réelle entre l’école et sa communauté. Et je ne parle pas ici des traditionnels prêts de gymnases. Je pense plutôt aux aménagements possibles sur la cour (jogging, ski de fond, raquettes, jardins communautaires, etc.) et à des partenariats signifiants avec des organismes.      

Je rêve d’une école respectueuse de l’environnement où la contribution exigée de l’élève et du personnel ira au-delà de mettre un bout de papier dans un bac bleu déjà débordant.       

Je rêve d’une école qui défiera le modèle actuel; d’une source d’inspiration qui servira de catalyseur positif pour d’autres écoles. Puis, pour l'ensemble de notre système d'éducation.    

Je lance donc le défi à ma commission scolaire et aux autres commissions scolaires qui verront de nouvelles écoles sur leur territoire.     

Je lance également ce défi à celui qui voulait réinventer l’école, monsieur Jean-François Roberge.      

D’un prof idéaliste à un autre, j’ai une confidence à lui faire: si les artisans du Lab-École voient la création d’un contenant comme l’occasion de vivre un projet de société, je crois qu’il est grand temps de considérer le contenu comme un incontournable.     

C’est comme la beauté intérieure...      

C’est moins sexy, mais au fil du temps, c’est ce qui nous garde amoureux.