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Haïti, 10 ans après le séisme: «le point mort», selon la docteure Clertida Lamothe Cassamajor

HAITI-QUAKE/
REUTERS Une femme nettoie ses vêtements à côté d'une maison détruite par l'important séisme du 12 janvier 2010.

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MONTRÉAL – Manque de résultats de la part de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti, reconstruction des maisons sans précaution dans les bidonvilles, exil de la jeunesse dans les pays avoisinants: la docteure Clertida Lamothe Cassamajor dresse un lourd bilan de la situation de son pays, 10 ans après le séisme qui a fait près de 300 000 morts. 

Le 12 janvier 2010, un tremblement de terre d’une magnitude de 7,0 a été enregistré en Haïti. Son épicentre était situé à environ 25 km de sa capitale, Port-au-Prince. Plusieurs secousses ont suivi dans les heures après le séisme principal, en plus d’un second tremblement de terre survenu huit jours plus tard. Au total, 280 000 personnes ont perdu la vie et 300 000 autres personnes ont été blessées durant ces événements. 

Habitant toujours en Haïti, la pédiatre Clertida Lamothe Cassamajor a passé plus d’une heure sous les décombres avec sa famille le 12 janvier 2010. 

«Ce sont des souvenirs tellement terribles», a-t-elle affirmé vendredi en entrevue téléphonique à QUB radio, dans l’émission Franchement dit

«Il n’y a pas une personne qui n’a pas connu des gens qui ont péri ce jour-là», a-t-elle souligné. 

Écoutez l'entrevue complète ici: 

Mme Lamothe Cassamajor s’estime extrêmement chanceuse d’avoir pu regagner une vie relativement normale. «On a reconstruit une autre maison, mais je dois vous dire que ce n’est pas le cas pour tout le monde.» 

Malgré un traumatisme au dos qui l'a empêché de travailler pendant quelques mois après le séisme, elle est retournée au boulot et a constaté l’ampleur des dégâts avec grande désolation. «J’avais perdu beaucoup de patients dans ma clientèle, beaucoup de petits patients qui étaient décédés ou des parents qui avaient laissé le pays», a-t-elle raconté. 

La docteure Clertida Lamothe Cassamajor.
Facebook - Photo de courtoisie
La docteure Clertida Lamothe Cassamajor.

L’échec de la reconstruction 

Malgré les 12 G$ amassés par la communauté internationale pour venir en aide au pays, Clertida Lamothe Cassamajor croit que «le résultat final est pratiquement zéro» et jette notamment le blâme sur l’inaction de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti. 

«Où est passé l’argent? On ne sait rien. [...] On est pratiquement au point mort», s’est-elle insurgée. «Seulement quelques édifices publics ont été reconstruits», dont des écoles et des églises, a-t-elle relaté. 

«Une bidonvilisation effrayante» 

Toujours en entretien à QUB radio, la médecin a expliqué le phénomène de la bidonvilisation de Canaan, une zone au nord de Port-au-Prince où des populations de la région métropolitaine se sont déplacées et entassées.
«Les maisons sont reconstruites sans aucune précaution, sans les normes. [...] Ce sont des maisons de fortune», a-t-elle affirmé. 

«Si on doit avoir un autre tremblement de terre, on aurait plus que 300 000 (morts)», a-t-elle ajouté, considérant l’ampleur de la situation dans ce méga bidonville. 

Un avenir incertain 

Ce qui désole d’autant plus Mme Lamothe Cassamajor, c’est de voir des jeunes qui ne croient pas en l’avenir de leur pays et qui sentent leur futur sacrifié. «Tous ceux qui peuvent partir s’en vont dès que l’occasion se présente. On a pas mal vu notre jeunesse partir pour le Chili, le Brésil et l’Argentine», a-t-elle dit. 

«On ne peut rester dans cette situation, ce n’est pas vivable. Il faut qu'Haïti soit sauvé», a-t-elle conclu.