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Participer, c'est gagner

Participer, c'est gagner

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Les courses à la direction ont souvent plus d’un gagnant. Pour plusieurs, il s’agit d’une belle occasion de mettre ses idées de l’avant, de se faire connaître, de se positionner.   

Est-ce que tous les candidats qui se lancent le font avec l’intention de gagner? Ou est-ce que ceux qui ont peu de chances font preuve de lucidité dans leur démarche?   

Pour avoir travaillé en politique pendant de nombreuses années, à force de pousser tes messages et tenter de convaincre lors d’une campagne quelle qu’elle soit, tu finis souvent par te convaincre toi-même. C’est ce qu’on appelle communément «Boire le Kool-Aid».    

Quand on y pense, c’est cette conviction au fond qui nous donne l’énergie pour passer à travers une campagne. Moi la première, quand j’ai travaillé à la campagne du PQ dans Jean-Talon en 2012, j’ai commencé la campagne en me disant qu’on ne gagnerait pas (la circonscription était à l’époque un château-fort libéral). J’ai pourtant pleuré toutes les larmes de mon corps lorsque les résultats sont sortis... Je m’étais mise à y croire, que voulez-vous.   

C’est d’ailleurs une fiction nécessaire qui se perpétue : tous les candidats sérieux disent qu’ils vont gagner. Assez rare qu’on entend : «Écoutez, je ne gagnerai pas, je ne suis pas cave. Mais fallait bien présenter quelqu’un!».    

Ceci dit, certains demeurent lucides. Ils savent qu’ils ont peu de chances de l’emporter, mais ils utilisent cette occasion pour se faire connaître, se positionnant pour une occasion ultérieure. Alexandre Cloutier en 2015 est un bon exemple. Tout le monde savait bien que Pierre Karl Péladeau allait l’emporter. Il s’est positionné, et l’occasion s’est représentée plus rapidement que prévu. Malheureusement pour lui, sa position de favori à la ligne de départ durant la course 2016 ne lui a pas permis de prendre les rênes du parti.   

Aussi, un candidat qui fait une belle campagne à la chefferie devient ainsi un incontournable de son parti pour la suite. Dans ce contexte, participer, c’est un peu comme gagner... en notoriété et en pouvoir.    

Le PQ n’a pas envie de se faire niaiser  

La formation souverainiste n’est pas dans des années de vaches grasses. Le parti est 3e opposition. Plusieurs ont quitté pour la CAQ. La permanence a dû déménager afin de baisser les coûts, et plusieurs personnes ont perdu leur emploi depuis le dernier scrutin.   

Dans ce contexte, l’une des pires choses qui pourraient arriver dans le cadre de la course, c’est d’avoir toutes sortes de candidats plus ou moins sérieux qui y vont pour faire avancer leurs idées (qui peuvent être farfelues), ou encore pour se faire connaître, puisque les courses à la direction connaissent toujours une grande attention médiatique.    

Le droit d’entrée dans la course péquiste est de 25 000 $. Ce coût ne semble pas astronomique, mais rappelez-vous que ces montants doivent être accumulés en dons. Aussi, les candidats devront déposer 10 000 $ lors de la prise du bulletin de candidature dont la date limite est le 2 mars, puis 15 000 $ lors du dépôt de bulletin, au plus tard le 9 avril soit un peu plus d’un mois après. Pour amasser de tels montants en dons, cela prend une organisation. Les députés auront évidemment davantage de facilité à atteindre cet objectif. Si l’on est une grosse vedette, on peut évidemment espérer y parvenir malgré tout.    

Dans ce contexte, certaines candidatures vont s’éliminer d’elles-mêmes. Faire circuler son nom et laisser planer une réflexion à se lancer permet toutefois de devenir un appui ayant de poids pour un autre candidat plus tard dans la course. Or, le PQ aura probablement une course à deux ou trois candidats, comparativement à 5 en 2015 et en 2016.    

En grande difficulté lui aussi, mais moins à risque d’avoir des candidatures de type «champs gauche» à mon avis, le Parti Libéral exige quant à lui 50 000 $ comme droit d’entrée dans sa course.    

Plus exigeant qu’on pense  

Je suis souvent impressionnée par le niveau de candeur de certaines personnes face à la politique active. On pense facilement qu’on ferait mieux. C’est facile de jouer les gérants d’estrade!    

Mais une campagne, quelle qu’elle soit, c’est vraiment difficile. Et une course à la chefferie, c’est énormément de travail : Des activités partout à travers le territoire, du financement et des appuis à trouver, des débats délicats à préparer, des annonces à concocter afin de se démarquer.    

Plusieurs sont surpris à quel point finalement, quand on sort de notre zone de confort, ce n’est pas si évident d’être constamment questionné par les journalistes. D’être constamment analysé et jugé par des commentateurs.    

Quand on s’arrête pour y réfléchir, un premier ministre devra, avant d’atteindre la plus haute marche du pouvoir, passer à travers les épreuves successives d’une élection dans sa circonscription, une course à la chefferie, puis une élection générale.    

C’est énormément de travail et de sacrifices. Il faut vouloir. Il faut y croire.