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Conserver son vestiaire malgré la crise

Canadiens Entrainement
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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Claude Julien n’a pas soumis ses joueurs à une séance d’entraînement punitive, hier. Au contraire, ses hommes se sont bien amusés, notamment lors d’un exercice à deux contre deux entre les lignes bleues. L’entraîneur préférait détendre l’atmosphère au lendemain d’une huitième défaite d’affilée. Ses gars avaient le sourire aux lèvres.

Lorsqu’il dirigeait le Canadien, Guy Carbonneau avait convié son équipe à une journée de quilles à Edmonton. Le lendemain, le Tricolore avait subi une quatrième défaite de suite en s’inclinant 7 à 2 aux mains des Oilers. 

Un mois plus tard, Bob Gainey relevait Carbonneau de ses fonctions avec 16 matchs à disputer en saison régulière. Le changement n’avait rien donné.

Le Canadien compila une fiche de 7-7-2 sous la direction de Gainey avant d’être balayé en quatre matchs au premier tour des séries par les Bruins. Mais la décision de le congédier ne venait pas de Gainey, qui avait identifié l’embauche de Carbonneau comme son meilleur coup à titre de directeur général du Tricolore, quelques semaines auparavant.

Le Canadien était en processus d’être vendu. George Gillett tenait à ce que l’équipe prenne part aux séries. Quelques semaines après son élimination, le Canadien passait au groupe ayant Geoff Molson à sa tête.

Quand ça ne passe plus

En ces temps difficiles que l’organisation traverse, montrer la porte à Julien serait le geste le plus facile à poser. Mais Julien a toujours son vestiaire bien en main. On le voit dans les entraînements et les matchs. Les joueurs continuent de fournir un effort maximal.

Quand une équipe abandonne son entraîneur, ça crève les yeux. À ma deuxième année à la couverture du Canadien, soit en 1983-1984, l’équipe se dirigeait vers une première campagne inférieure à ,500 depuis la saison 1950-1951. Serge Savard en était à ses débuts au poste de directeur général.

Au lendemain d’une défaite de 5 à 3 au Forum contre les Jets de Winnipeg, dans les derniers jours de février, Bob Berry commanda un entraînement sans rondelle à l’aréna de Saint-Laurent, rebaptisé depuis en l’honneur de Raymond Bourque.

L’ambiance était morose au sein des troupes. Après la défaite aux mains des Jets, Larry Robinson avait confié ne s’être jamais senti aussi démotivé. À l’entraînement du lendemain,
Mario Tremblay prit le mors aux dents. Écœuré de patiner en rond, il s’était arrêté au centre de la patinoire pour lancer à Berry : « That’s enough ! ».

En fait, c’est la version pour les oreilles chastes. Mario avait pimenté son message de deux jurons bien sentis en anglais et en français avant de prendre le côté jardin. 

Vers 18 heures le même jour, Claude Mouton convoqua les journalistes à une conférence de presse au Forum pour annoncer que Jacques Lemaire était le nouvel entraîneur-chef. Le jour suivant, le Canadien prit la mesure des Rangers 7 à 4 au Forum.

À l’entraînement du lendemain, j’ai demandé à Mario s’il était satisfait de la tournure des événements. Je vois encore sa réponse en gros titre dans Le Journal : « Oui, je suis content ! »

Contre toute attente, le Canadien avait atteint la finale de l’Est contre les Islanders cette année-là.

Jusqu’à la coupe !

À cette époque, les entraîneurs utilisaient toutes sortes de stratagèmes pour motiver les joueurs. 

Durant une série contre les Bruins, Pat Burns avait détourné le bus qui transportait l’équipe à l’Auditorium de Verdun pour la diriger plutôt dans la circulation lourde de l’heure de pointe de fin de journée. 

Ça, c’était quand Pat n’utilisait pas la méthode forte.

Jacques Demers jouait plus sur les émotions. Après son quatrième match derrière le banc du Tricolore, il convia ses joueurs à un entraînement à sept heures du matin. Il aurait pu perdre son vestiaire, mais ses joueurs avaient saisi le message. 

La saison fut couronnée par la conquête de la Coupe Stanley, la dernière de l’organisation à ce jour.

Si près et si loin

Qui ne se souvient pas de la sortie en règle de Michel Therrien contre ses joueurs à sa première saison avec les Penguins de Pittsburgh ?

Après une cinglante défaite, il avait déclaré que ses joueurs n’avaient aucune idée de la façon de jouer en défense. Deux ans plus tard, il mena les siens à deux victoires de la coupe avant d’être viré la saison suivante. Ses joueurs ne pouvaient plus le souffrir.

Ce fut la même chose avec le Canadien. Avant son premier congédiement, ses joueurs l’avaient laissé carrément tomber lors d’un match à Philadelphie, en janvier 2003. Tout le monde l’avait remarqué. Il fut remplacé par Julien.

La deuxième fois, il y a trois ans, Carey Price y était allé d’un commentaire lourd de conséquences après une défaite de 4 à 0 à Boston en disant que l’équipe avait perdu son identité.

Exit Therrien, retour Julien.

Pas de miracles

Aujourd’hui, c’est Julien qui se retrouve dans une position inconfortable. Il est à court de réponses et de ressources. Plus tôt cette saison, il a dit travailler avec les éléments qu’il a sous la main. 

C’est vrai.

Dans le contexte actuel, il serait injuste qu’il soit remercié de ses services. Mais rien n’est moins sûr quand on sait que le contrat d’un entraîneur ne contient pas de clause de sécurité d’emploi. Au moins, Julien n’a pas à se soucier de sa situation financière.

Mais posons-nous la question : Dominique Ducharme, Joël Bouchard ou Kirk Muller pourraient-ils faire mieux ? Est-ce que ça changerait quelque chose à la saison ?

Les prochains mois vont être bien longs.