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ECR n’a pas tenu sa promesse

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Nous voilà replongés, pour plusieurs années, dans un débat en lien avec le religieux.  

En raison de l’annonce par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de la refonte, d’ici la fin du mandat, du fameux cours d’éthique et culture religieuse.  

ECR découle évidemment de la déconfessionnalisation des commissions scolaires ayant eu lieu à la fin du dernier siècle au Québec. Les écoles n’étant plus religieuses, il fallait repenser les cours de catéchèse et de morale au primaire et au secondaire.  

Après diverses consultations, Québec a accouché d’ECR en 2008. À l’expérience, plusieurs problèmes ont surgi.  

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Culture  

L’idée de transmettre de la culture religieuse était pertinente. Comment comprendre le passé, d’abord du Québec et ensuite de l’humanité, sans culture religieuse ? Comment, en l’absence de cette clé, comprendre le présent, fait de résurgences, de chocs et de cohabitation des croyances ?  

Un laïcisme extrême au Québec réduit le sentiment religieux à une superstition stupide. Il aimerait en faire fi, voire l’éradiquer. Il y a des talibans de la laïcité.  

C’est une manière étriquée d’aborder le sentiment religieux. La transcendance est une idée ultrapuissante. Source de sentiments extrêmes, potentiellement dangereux, mais qui peuvent aussi conduire l’être humain vers des sommets. Des hommes et femmes d’église, par exemple, pendant des siècles, ont consacré leur vie à l’éducation et à la santé. Par ailleurs, Emil Cioran l’a bien dit : «S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu».  

Trompeur  

Mais le titre du cours s’est avéré trompeur. Ce que l’on transmet dans ECR ne relève souvent pas de la culture religieuse, mais de visions stéréotypées et sans esprit critique des différentes confessions.  

De plus, le refus de transmettre des connaissances au profit des seules «compétences» sous prétexte d’éviter l’horreur, aux yeux des pédagogues contemporains, de «l’encyclopédisme», perpétue l’ignorance. Sans compter que l’athéisme est aussi négligé, voire ignoré, dans ECR.  

Ajoutez à cela qu’il est souvent enseigné par des professeurs souhaitant «compléter leur tâche» ; autrement dit, par «n’importe qui» sans formation suffisante (ce que fit remarquer au Journal une experte dans le domaine, en 2018).  

Le volet éthique aussi souffre du flou des fameuses compétences, ce qui ouvre la porte à l’enseignement du n’importe quoi. Je me rappelle d’un travail peu instructif imposé à un de mes enfants, soit de «dessiner le blason de ses valeurs». Quelle insignifiance centrée sur le vécu ! Quelle occasion manquée de transmettre des savoirs, de la culture, des pensées éthiques.  

Nulle surprise donc que le PQ et la CAQ aient réclamé l’abolition de ECR. Le parti de François Legault a finalement mis de l’eau dans son vin (de messe) et promis une refonte en profondeur.  

La solution n’est pas évidente. On pourrait peut-être refiler le volet religieux aux cours d’histoire et forger un tout nouveau cours d’éducation civique plus concret, axé sur les connaissances précises (systèmes démocratiques, constitutions, chartes), ce qui permettrait aux cours d’histoire d’être délestés du volet «éducation à la citoyenneté». Et vous? On en reparlera assurément.