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Le français en péril ?

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Qui a dit que la francophonie et le français se mouraient ? Oui, l’anglicisation est galopante et semble difficile à freiner. En France, mais ici aussi, alors que nos enfants, ados, jeunes adultes préfèrent manger du fast-food et prendre un drink, après avoir assisté à un meeting avec PowerPoint au head office de l’entreprise. Business as usual, comme disent les big boss super cool, toujours en faveur du fifty fifty. On leur colle un smile ? 

Or, la langue est une arme, et non pas un simple moyen de communication, affirme Frédéric Pennel dans son ouvrage sur la Guerre des langues. Elle porte « la mémoire des générations qui y ont déposé, par couches successives, une trace de leur passage ». Elle correspond à une culture, mais véhicule également une idéologie. Autrement dit, la langue n’est pas un concept abstrait, n’est pas neutre. Imposer l’enseignement du français au Québec est donc un acte politique, voire révolutionnaire. Ce qui ne signifie pas être contre le multilinguisme. Apprendre une autre langue est très certainement « un passeport vers le reste du monde ». 

Il fut un temps où le français brillait à la cour anglaise. Ce passage a, bien sûr, laissé des traces, sous forme d’emprunt au français. Aujourd’hui, c’est la situation contraire, alors que l’anglais tend à s’imposer comme « lingua franca ». Pourtant, il est prouvé qu’on réfléchit mieux en travaillant dans sa langue natale. Lorsque nous nous positionnons en conquérants et non pas en assujettis, c’est-à-dire en faisant usage librement de sa langue natale, il est évident que notre état d’esprit psychologique s’améliore, nous dit l’auteur. Cela vaut pour les arts, pour les sciences, mais aussi pour les sports. Ce que ne semblent pas avoir compris les entraîneurs des clubs de hockey qui interdisent l’usage du français dans le vestiaire et sur la patinoire. « Une langue, pour vivre, doit offrir la possibilité de tout dire », y compris la victoire. 

<b>Guerre des langues</b><br /><b>Frédéric Pennel</b><br />Éditions François Bourin<br />292 pages
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Guerre des langues
Frédéric Pennel
Éditions François Bourin
292 pages

La France est certainement le meilleur exemple d’un pays monolingue : une République, un État, une langue. Cela n’a pas toujours été ainsi, rappelle Pennel : langue d’oc (occitan), langue d’oil, alsacien, flamand, breton, basque, corse, catalan, langues qui ont aussi développé leur propre littérature et donné lieu à des emprunts dans la langue française. Ainsi, balai et baragouiner viendraient du breton, auberge et abeille, du provençal, etc. 

Question explosive  

Les langues, comme on l’a vu, ne sont pas neutres. « Lorsque les États se théocratisent, la langue “religieuse” progresse, tel l’arabe aujourd’hui ou le latin hier. » Avec la mondialisation, l’anglais s’est imposé dans les communications internationales, car les États-Unis représentent la première économie à l’échelle planétaire.  

Avec force exemples, Pennel démontre comment la question de la langue est explosive. On l’a vu au Québec, mais cela est aussi vrai ailleurs, en Asie et en Europe. Ainsi, la situation en Ukraine a explosé lorsque « le parlement de Kiev a ôté au russe son statut de langue co-officielle ». Piqués au vif, les Russes sont alors intervenus en Crimée puis dans le Donbass. Auparavant, l’ex-URSS avait étendu l’usage de l’alphabet cyrillique à toutes ses populations où prévalaient auparavant les alphabets latin et arabe.  

Mais toutes les langues ne sont pas égales, nous dit l’auteur : « Les Hébreux, les Basques ou les Kabyles n’ont pas éprouvé le besoin de faire rayonner leur culture sur les autres. » Souvent, la force militaire est nécessaire pour s’imposer, mais le devoir de séduction est tout aussi important.  

On l’a souvent répété pour le Québec : plutôt que des lois contraignantes pour imposer le français, faites en sorte que l’immigrant soit séduit par notre projet de vivre ensemble. D’ailleurs, un chapitre complet est consacré à « l’interminable bataille du Québec », où l’on rappelle nos luttes pour assurer la survivance du fait français dans cette mer anglophone. Voici un voyage à travers le temps et les langues éminemment instructif pour débuter l’année 2020. 

À LIRE AUSSI 

 

LE LIVRE DES MOTS INEXISTANTS

<b>Stefano Massini</b><br /><b>Éditions Globe</b><br />252 pages
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Stefano Massini
Éditions Globe
252 pages

Cet ouvrage est en parfaite synchronicité avec le précédent ci-dessus, qui prouve que le français n’a pas dit son dernier mot et qu’il est même tout à fait en mesure d’en inventer de nouveaux. De A à Z, en oubliant les lettres W, X, Y, l’auteur s’amuse à inventer des mots à partir d’histoires bien réelles, comme celle du fumiste Monsieur Emilio et de l’explorateur Ernest Shackleton, un fougueux fanfaron qui mourut d’un infarctus à bord du bateau Quest, d’où l’adjectif « questique », associé à une personne imprudente qui se lance dans une aventure sans se préparer correctement. 

 

FIN DU LEADERSHIP AMÉRICAIN ?

<b>Sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal</b><br /><b>Éditions La Découverte</b><br />256 pages
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Sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal
Éditions La Découverte
256 pages

La question se pose avec encore plus d’acuité en ce début d’année 2020, alors que la plus grande puissance militaire au monde vient de lancer des attaques meurtrières contre l’Iran et l’Irak, risquant d’embraser de nouveau cette partie du monde déjà meurtrie par des décennies de guerre. « On est passé, en quelque soixante-dix ans, d’un système quasi hégémonique à un système apolaire, fragmenté par une importante dynamique nationaliste, notamment depuis l’élection de Donald Trump. » Une pléthore d’analyses à la fine pointe de l’actualité. 

 

LA PROMESSE

<b>Vincent Peillon</b><br /><b>Éditions PUF</b><br />148 pages
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Vincent Peillon
Éditions PUF
148 pages

Des promesses, encore des promesses. On en reçoit à profusion lors des élections aux niveaux fédéral, provincial et municipal. On en fait aussi, fort souvent, en début d’année. N’en jetez plus, la cour est pleine. Mais pourrait-on s’en passer, se demande l’auteur, philosophe et ancien ministre français de l’Éduction, même si on sait que la plupart du temps, elles demeureront lettres mortes ? D’ailleurs, y a-t-il encore de la place pour de nouvelles promesses alors qu’autour de nous tout est champ de ruines ? La promesse n’est surtout pas synonyme de sincérité, avertit l’auteur, et elle trouve sa justification dans le désir de celui qui la reçoit.  

 

VIVRE SANS ?

<b>Frédéric Lordon</b><br /><b>Éditions La fabrique</b><br />112 pages
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Frédéric Lordon
Éditions La fabrique
112 pages

Ce curieux essai se présente sous la forme d’une conversation afin de faire le point sur les nouvelles formes de luttes qu’on pourrait regrouper sous le slogan : « Soyons ingouvernables » ou « Bloquons tout », comme ce fut le cas sur le pont Jacques-Cartier récemment. L’objectif final serait d’en finir avec les institutions, un enfer pour ceux qui y vivent de l’intérieur ou pour ceux qui les subissent de l’extérieur. « Vouloir à toute force “vivre sans”, c’est méconnaître que la vie humaine est placée sous un “vivre avec” fondamental, ontologique, irréductible : avec la finitude. »