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Naviguer sur une mer agitée

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark « Il faut se réjouir de l’annonce faite par M. Roberge, mais la suite sera tout sauf simple. »

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Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé l’abolition du cours Éthique et culture religieuse.

Il faut évidemment s’en réjouir.

Il sera remplacé, dès la rentrée 2022-2023, par un cours entièrement repensé.

Souhaitons que tous ceux qui ont critiqué ce cours au fil des ans s’investissent dans la conception de celui qui le remplacera.

Pièges

L’essentiel sera de ne pas reproduire, sous de nouveaux habits, les dérives du cours actuel.

J’ai parcouru nombre de manuels pédagogiques utilisés dans les classes.

Dans beaucoup d’entre eux, le phénomène religieux n’y est pas présenté objectivement. Il est valorisé, voire célébré sans recul critique.

S’interdire de questionner la religion y est présenté comme une preuve d’ouverture et de tolérance, et comme la condition incontournable de l’intégration des immigrants.

Pire, on y présente les religions sous leur version intégriste : le croyant typique est celui qui porte des signes religieux, qui fréquente les lieux de culte, qui respecte certains rites.

On ne dit guère, par exemple, que la plupart des musulmanes ne portent pas le voile ou ne fréquentent pas la mosquée.

Après des années de ce matraquage idéologique, le jeune en vient à penser qu’il est bon de croire sans preuve, ou qu’il est irrespectueux de critiquer une croyance religieuse ou de la confronter à la science.

Le nouveau départ annoncé se veut plein de bonnes intentions, mais il sera rempli de défis.

J’en vois au moins trois.

Premièrement, si on persiste à jumeler le volet éthique et le volet de connaissance du religieux, on pataugera encore dans une contradiction fondamentale.

Au nom de l’éthique, on demandera au professeur d’enseigner, par exemple, l’importance de principes comme l’égalité des sexes.

Au nom de la culture religieuse, on lui demandera de présenter, avec respect, des pratiques religieuses qui bafouent ces principes.

Comment réussir ce grand écart ?

Deuxièmement, il sera essentiel de déconstruire le relativisme dans lequel baignent nos jeunes.

Ils pensent, à tort, que la religion et la science sont deux croyances de même nature. On choisit celle qui nous plaît.

Non, ce sont deux manières différentes de voir le monde, ce qui ne veut pas dire qu’un scientifique ne peut être croyant.

La science est une méthode, elle demande des preuves. La religion est une croyance, elle n’en demande pas.

Par exemple, faut-il, au nom du respect de la religion, s’interdire d’examiner scientifiquement l’idée que la vie serait d’origine divine ?

Troisièmement, si on se veut objectif, on doit non seulement parler des idéaux de charité au cœur du discours religieux, mais aussi du mal qu’on peut faire au nom de la religion.

Terrorisme, impérialisme, crimes d’honneur, mariages de mineurs, ségrégation sexuelle, mépris des non-croyants, condamnation du plaisir, etc.

Tensions

Imaginons maintenant le ou la prof qui, surtout à Montréal, aborderait cela devant une classe de jeunes très croyants issus d’une immigration récente.

Imaginez les réactions probables des parents.

Il faut se réjouir de l’annonce faite par M. Roberge, mais la suite sera tout sauf simple.