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Avoir le courage de dire NON pour enfin pouvoir rêver l'école québécoise

En ce début de décennie, pourquoi ne pas prendre collectivement UNE résolution courageuse pour notre école québécoise: celle de dire NON!

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Maquettes du Lab-École, présentées par Pierre Lavoie et Pierre Thibault, le 10 avril 2019.

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Traditionnellement, nous prenons toutes sortes de résolutions en début d’année. Autant de vœux pieux qui peinent à trouver leur place dans notre vie effrénée: «J’arrête de fumer! Je vais réduire ma consommation d’alcool, courir un demi-marathon, devenir végan, m’initier au yoga! Je vais me coucher tôt, lire un roman par mois, concocter des lunchs sans déchets... alouette!»  

En ce début de décennie, pourquoi ne pas prendre collectivement UNE résolution courageuse pour notre école québécoise: celle de dire NON!           

NON aux annonces de refonte de programmes improvisées et non concertées.     

NON aux inégalités criantes, visibles dès la petite enfance, quand des tout-petits sont confinés dans des sous-sols mal éclairés, alors que d’autres évoluent dans des CPE tout équipés.          

NON aux établissements scolaires publics moisis et décrépits, dont on refuse l’accès à de nombreux parents motivés, prêts à donner un coup de main pour rénover.          

NON aux cours dans nos écoles grises, déprimantes et sous-équipées dans lesquelles s’entassent au quotidien des centaines de milliers d’enfants.          

NON au laxisme dont font preuve certaines universités en matière de contingentement et de contenu de cours.          

NON aux millions investis dans la recherche scientifique en éducation qui trouve malheureusement peu d'écho sur le terrain.          

NON aux étudiants à la formation des maîtres qui réussissent leur baccalauréat sans trop aller à leurs cours.          

NON au salaire insuffisant que reçoivent les nouveaux enseignants, alors que 15% d'entre eux décrochent dans les cinq premières années, et ce, dans un contexte de pénurie.         

NON à la prédominance de la foutue ancienneté qui fait passer les années d’expérience avant la compétence.          

NON à ceux qui refusent de participer activement à leur formation continue afin d’adapter leurs méthodes d’enseignement aux nouvelles réalités du monde d’aujourd’hui.          

NON à ceux qui résistent à l’utilisation du numérique à l’école, alors que toute une génération ignorante est en train de crouler sous Instagram et Snapchat.          

NON aux parents qui protègent aveuglément leurs enfants sans jamais leur permettre de prendre leurs responsabilités et de comprendre le concept d’imputabilité.          

NON à tous ceux qui pensent que, parce qu’ils sont allés à l’école, ils peuvent enseigner.       

NON aux élèves auxquels nous avons oublié d’expliquer que l’éducation est un privilège absolu.          

NON à l'anxiété de performance créée par un système de méritocratie qui ne fait qu'exacerber la hiérarchie sociale.         

NON à une majorité d’enfants brillants qui n’arrivent plus à apprendre, tant les classes sont surchargées et souvent dysfonctionnelles.          

NON aux milliers d’enseignants et intervenants compétents et dévoués qui suffoquent et sont épuisés.          

NON aux directions innovantes et audacieuses auxquelles on met sans cesse des bâtons dans les roues, alors que les leaders sont une denrée rare.          

NON aux nombreux millions gaspillés chaque année dans les méandres de la bureaucratie des commissions scolaires et du ministère.          

NON AU NIVELLEMENT PAR LE BAS.  

En 2006, le Québec s’est doté d’un Programme de formation très prometteur ressemblant drôlement à celui de la Finlande, pays dont nous ne cessons de vanter les mérites, tant il semble performant. Qu’attendons-nous pour mettre en place des conditions gagnantes pour aider les jeunes «à réussir leur projet de vie personnelle, scolaire et professionnelle»?           

QU’ATTENDONS-NOUS?   

Pourquoi sommes-nous plus exigeants envers notre concessionnaire de voitures qu’envers notre système d’éducation?          

Bref, la solution n'est pas toujours de sortir dans la rue... Même les cris soutenus des casseroles de 2012 n’ont pas obtenu gain de cause! Il s’agit d’oser poser des questions, de s’informer et de prendre le temps de se présenter aux assemblées, aux réunions...          

Il s’agit d’aller cogner à la bonne porte ... et de dire NON!          

Parce qu'individuellement et collectivement, nous avons le pouvoir de changer les choses pour pouvoir enfin RÊVER l'école de demain.  

Bonne année 2020!