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Capture d'écran, TVA Nouvelles Jean-Guy Pronovost

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Quand la mère de Gilles Duceppe, madame Hélène Rowley Hotte Duceppe, est morte à 93 ans le 20 janvier dernier après avoir agonisé pendant six heures dans un froid sibérien, on s’est dit qu’au moins, son décès nous aura sensibilisés à l’importance de mieux surveiller les allées et venues des locataires des résidences pour personnes âgées. 

« Sa mort, bien que tragique, aura servi à quelque chose... »  

Or, 11 mois plus tard, la même chose s’est passée — cette fois, dans une résidence de Saint-Jean-sur-Richelieu.  

Des gens vulnérables  

Cette fois, c’est un homme de 88 ans souffrant d’Alzheimer, monsieur Jean-Guy Pronovost, qui serait demeuré à l’extérieur pendant quatre heures, alors que le mercure était à -25 degrés Celsius.  

Pour l’instant, on ne sait pas trop comment cet homme s’est retrouvé seul dehors dans un tel froid, pendant aussi longtemps.  

Mais on est en droit de se poser des questions... 

À quoi ça sert d’avoir des caméras de surveillance si personne ne les regarde ? 

Le rôle de ces résidences n’est pas seulement d’offrir un environnement confortable et stimulant à leurs résidents. 

C’est aussi d’assurer leur sécurité.  

On parle ici d’une clientèle hyper vulnérable. Beaucoup de ces résidents éprouvent des problèmes de mémoire ou n’ont pas toute leur tête... 

Comment certains peuvent-ils se retrouver dehors, sans que personne ne le sache ? 

Accepterait-on qu’un enfant de cinq ans échappe à la surveillance des éducateurs d’un CPE et se retrouve tout seul, dans la rue ? 

Voyons !  

C’est bien beau, permettre aux vieux de mourir dans la dignité. 

Mais peut-on aussi faire en sorte qu’ils vivent dans la dignité ? 

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Casser maison 

En 1977, un film à sketches italien est sorti en salles : Les nouveaux monstres

Dans un des sketches (intitulé « Comme une reine »), un homme qui vit avec sa vieille mère propose à celle-ci de faire une balade en auto avec lui. 

Après une heure de route, il l’amène « visiter » une jolie maison.  

« Oh, regarde maman, toutes les personnes âgées qui vivent ici ! Regarde comme c’est beau ! Tu pourrais te faire plein d’amies, ici ! Justement, j’ai apporté tes vêtements dans une valise ! » 

On se rend compte que le bonhomme a décidé de « placer » sa vieille mère, car sa femme ne peut plus la supporter. 

À la fin du sketch, l’homme dit à sa mère qu’il viendra la voir « peut-être la semaine prochaine », puis il retourne dans son auto en pleurant... 

La décision de « placer » un de ses parents est l’une des plus difficiles et des plus déchirantes qu’une personne peut prendre dans sa vie.  

On sent qu’on abandonne la personne qui nous a donné la vie, qui a pris soin de nous... 

Mais on se dit que c’est pour son bien, pour sa sécurité.  

Elle sera prise en charge, surveillée. 

Traitée, justement, comme une reine, comme un roi.  

Des morts atroces  

Vous imaginez la peine qu’une personne peut ressentir lorsqu’elle apprend que sa mère ou son père a perdu la vie dans des conditions atroces, à cause d’un manque de surveillance ?  

On juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle prend soin de ses plus vulnérables...