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«M’entends-tu?» : faire résonner la pauvreté

«M’entends-tu?» : faire résonner la pauvreté
COURTOISIE

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La deuxième saison de la populaire série M’entends-tu?, diffusée à partir de lundi soir sur les ondes de Télé-Québec, réussit encore une fois à traiter de pauvreté et d’enjeux sociaux à travers un regard coloré et humble. 

«On donne la parole aux gens qui ne l’ont jamais eue», explique Ève Landry, une des trois comédiennes principales de la série, lorsqu’on lui demande pourquoi la première saison de M’entends-tu? a connu autant de succès. 

«La pauvreté, on ne la voit pas beaucoup à la télé, poursuit-elle. Si on prend l'histoire d'un gars au restaurant qui se fait voler par des filles qui partent en courant, on sait très bien comment il se sent le gars du restaurant, habituellement c’est lui qu’on voit. Mais là, on suit plutôt la fille qui court et on essaie de comprendre pourquoi elle a fait ça, on essaie de se mettre à sa place.» 

Lancée en janvier 2019, la série suit le quotidien de trois amies de longue date, Ada, Carolanne et Fabiola, chacune traversant les réalités complexes et difficiles de la pauvreté. Si la première saison s’attardait davantage à la complicité du groupe, c’est davantage la singularité de chacun des personnages qui sera explorée dans la deuxième saison. 

«Dans la saison 2, on a vraiment accès à la profondeur de chacune de ces filles-là, renchérit celle qui joue Carolanne. Dans la première, on a vraiment vu l’unité du trio, la force du trio, et dans la saison 2 on voit vraiment qui sont ces filles-là individuellement, et quand elles se retrouvent seules, elles ne sont vraiment pas au meilleur d’elles-mêmes. Au départ, il y avait un côté un peu plus humoristique, on riait un peu de notre condition. Là, on subit notre condition.» 

Humilité

Si les enjeux sociaux traités ici peuvent alourdir la proposition, l’habillage sonore et visuel, toujours très coloré, contribue à créer un équilibre tout à fait réussi. La violence crue rejoint parfois une légèreté de ton qui permet de l’explorer peut-être encore plus profondément. À noter également : l’utilisation toujours judicieuse et rafraîchissante de la musique. 

«Je pense que les gens se sont retrouvés dans cette série-là parce que c’est simplement la vraie vie, soutient pour sa part la comédienne et chanteuse Mélissa Bédard (Fabiola). Les quartiers et les maisons dans lesquels on tourne, ce ne sont pas des décors, ce sont des lieux qui existent pour vrai, habités par du vrai monde.» 

C’est peut-être à travers ce point précis qu’il est possible de cerner ce qui fait réellement la force de cette proposition télévisuelle. Alors que les difficultés que traversent Ada, Fabiola et Carolanne semblent toutes aussi lourdes qu’insurmontables, l'écriture et l’esthétique demeurent honnêtes et sans complaisance. On ne cherche pas à les «sauver» tout comme on ne condamne pas leur condition. La pauvreté résonne ainsi dans tout ce qu’elle a de plus accidenté, de complexe et de lourd, sans qu’aucun jugement ne soit rendu sur elle, sans aucune condescendance. On la dépeint, humblement. 

Les trois premiers épisodes de la deuxième saison de la série M’entends-tu? seront diffusés à partir de lundi soir à 22h sur les ondes de Télé-Québec. La série sera ensuite offerte intégralement sur telequebec.tv.