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Un pays encore en ruine, malgré l’aide internationale

Haïti ne s’est toujours pas relevé des conséquences du tremblement de terre

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Dix ans après le tremblement de terre qui a fait des centaines de milliers de morts en Haïti, la capitale de Port-au-Prince n’est toujours pas reconstruite. Les bidonvilles se sont agrandis et les camps de fortune qui devaient être temporaires sont devenus permanents.    

Des experts estiment que le chaos qui règne encore n’est pas dû uniquement au séisme en soi, mais aussi à la gestion de la crise humanitaire qui s’en est suivie.        

Un séisme de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter a frappé Haïti le 12 janvier 2010, pulvérisant les constructions en béton de sa capitale, Port-au-Prince. Le bilan était lourd, quelque 300 000 morts et 300 000 blessés.        

Des gens constatent les dégâts au Palais présidentiel de Port-au-Prince après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Ci-contre, une Haïtienne tente de marcher dans les décombres de la capitale d’Haïti, au lendemain du séisme.
Photo AFP
Des gens constatent les dégâts au Palais présidentiel de Port-au-Prince après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Ci-contre, une Haïtienne tente de marcher dans les décombres de la capitale d’Haïti, au lendemain du séisme.

Dix ans plus tard, des millions de tonnes de débris ont été retirées des rues, mais les ruines sont encore présentes et la majorité des immeubles, dont le symbolique Palais présidentiel, n’ont pas été reconstruits. Pourtant, les promesses d’aide humanitaire avaient rapidement franchi le cap des 10 milliards $. Des experts interrogés par Le Journal estiment qu’il y a eu un manque de planification et de coordination, réduisant ce qui aurait pu être accompli en établissant des priorités claires.        

Où est allé l’argent?  

«Il est très difficile de savoir ce qui a été dépensé, et comment, parce que l’information n’est pas là. Ceux qui la détiennent, souvent, ne la partagent pas», explique Jean-Marie Bourjolly, auteur du livre Haïti: un pays à désenvelopper, et ex-membre de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti, présidée par l’ex-président américain Bill Clinton. Il précise que la corruption des autorités ne peut pas à elle seule tout expliquer, puisque relativement peu d’argent est directement passé dans leurs mains.        

Cependant, il est clair pour M. Bourjolly qu’il y a eu du «saupoudrage» de fonds, tant du côté de l’aide humanitaire que de celui des Haïtiens. Il affirme que la gestion n’a pas été optimale. «Il faut que les Haïtiens, d’une certaine manière, mettent la science et la réflexion au service de leurs actions, au lieu d’accomplir des actions qui ne sont pas coordonnées et qui vont dans tous les sens», explique-t-il.        

Amateurisme  

Le directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire, François Audet, souligne qu’Haïti a été «victime de sa popularité».        

«[Le drame] a attiré beaucoup trop d’organisations, et beaucoup trop d’individus qui n’avaient pas d’affaire là. Il y a eu beaucoup d’amateurisme», dit-il.        

La gouvernance reste un problème central, et le séisme a notamment eu comme conséquence une mobilisation citoyenne chez ceux qui affirment mériter mieux.        

«C’est comment avoir un État qui défend fondamentalement les intérêts de sa population, plutôt que les intérêts des gens qui sont au pouvoir», résume M. Bourjolly.        

La catastrophe en bref   

  • 300 000 décès environ        
  • 1,5 million de réfugiés        
  • 7,8 milliards $ en coûts estimés pour la reconstruction              

Sources: autorités haïtiennes