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Révision de notes: la proposition du ministre Roberge reçoit un accueil mitigé

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Photo d'archives, Simon Clark Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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L’idée de permettre à un enseignant externe de trancher en cas de litige sur la révision des notes d’un élève divise les syndicats d’enseignants et les partis d’opposition.  

En entrevue avec Le Journal lundi, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge avait annoncé qu’il déposerait un amendement en ce sens dans le cadre de l’étude détaillée de son projet de loi sur la réforme des commissions scolaires. Le ministre précisait même qu’il serait «préférable» que cet enseignant provienne d’une autre école, de sorte qu'il soit à l’abri de pressions de la direction.  

Pour le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), la proposition de M. Roberge contrevient carrément à la Politique d’évaluation des apprentissages de son ministère. «Cette politique dit qu’une note ne traduit pas seulement le résultat qu’obtient un élève dans un exercice ou dans un examen. Le prof doit tenir compte du cheminement de l’enfant, de ses capacités, de ses forces et faiblesses», souligne Sylvain Mallette.   

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Aussi serait-il impossible pour un enseignant externe d’évaluer un élève en se basant uniquement sur les résultats obtenus aux examens, estime M. Mallette.  

Pour la FAE, la solution est simple: Québec doit inscrire dans la Loi sur l’instruction publique que seul l’enseignant qui a suivi l’enfant peut l’évaluer. «Ça ne veut pas dire que le prof ne rend pas compte de l’évaluation, précise M. Mallette. Je dois être capable d’expliquer à l’élève et à ses parents ce que l’enfant n’a pas bien compris.»     

Collaboration  

À l’opposé, la FSE-CSQ se dit ouverte à l’idée du ministre Roberge, même si le syndicat attend de voir le libellé de l’amendement avant de se prononcer formellement. «Si on parle d’un enseignant du même niveau, qui connaît la matière, et qu’il y a un contexte donné pour faire cette révision exceptionnelle, je pense qu’on est capables de trouver quelque chose qui peut permettre une certaine vérification quand des gens se sentent lésés», affirme Josée Scalabrini.     

Toutefois, Mme Scalabrini souligne que la direction d’une école doit d’abord offrir à l’enseignant qui a suivi l’enfant d’expliquer ce qui a motivé sa note. Elle ajoute que des mécanismes de révision existent déjà dans plusieurs commissions scolaires et sont utilisés de façon exceptionnelle. Donc, «être contre ça, ce serait être contre quelque chose qui existe déjà dans énormément de milieux», dit-elle.   

Autonomie professionnelle  

Ces lignes de fracture ont trouvé écho à l’Assemblée nationale. Du côté des libéraux, la critique Marwah Rizqy – elle-même ancienne professeure à l’université – s’est opposé à l’idée qu’«un enseignant d’une autre direction d’école donne une note à un élève qu’il n’a jamais vu».    

De plus, elle rappelle qu’un jugement du Tribunal du travail avait statué en 2012 que le fait d’accorder une note «relève de la compétence exclusive» et de l’«autonomie professionnelle» d’un enseignant.  

Chez Québec solidaire, on accueille la proposition de M. Roberge avec une certaine ouverture. «La meilleure personne pour le faire, c’est le titulaire, souligne Christine Labrie. Mais, dans des situations exceptionnelles où il peut y avoir un processus de révision de note, ça doit être fait par un enseignant, ça, c’est certain.»