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Chercher la femme

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Samedi, je suis allée voir 1917, de Sam Mendes.  

Ce film (sur la Première Guerre mondiale) représente tout ce que dénoncent les militantes féministes armées d’un chronomètre et d’une loupe. 

C’est réalisé par un homme, et ça ne montre que des hommes faisant la guerre à d’autres hommes. Testostérone à la puissance dix. 

Il y a des centaines de figurants, tous des hommes, et un seul personnage féminin, dont la scène ne dure que quelques minutes. 

Mais même si je suis une femme, j’ai trouvé que ce film de Sam Mendes est rien de moins qu’un chef-d’œuvre. Suis-je une traîtresse à la Cause? 

À GO, ON EST OFFENSÉ 

Depuis qu’on a annoncé les nominations aux Oscars, on n’entend parler que du fait que seuls des hommes se retrouvent dans la catégorie Meilleure réalisation. #scandale. #horriblepatriarcat. 

Le TIME a publié lundi une chronique complètement délirante d’une journaliste qui affirme que si les films réalisés par des femmes ont été snobés cette année, c’est qu’ils parlent de relations entre des femmes. Et elle affirme que si les films réalisés par des hommes ont été sélectionnés, c’est uniquement parce qu’ils sont « mâlocentristes », sur des sujets masculins (mafia, guerre, amitié entre hommes). 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Rendu là, ça frise l’obsession maniaque de tout, tout, tout analyser à la lumière de la guerre des sexes. Ces militantes doivent être épuisées de constamment appliquer cette grille sur toutes les œuvres d’art. 

Faisons un petit exercice. Pour faire de la place à une femme dans la catégorie meilleure réalisation, il faudrait enlever un homme. 

On enlève qui ? Martin Scorsese, qui a réussi un tour de force avec The Irishman ? Quentin Tarantino qui a réalisé de façon époustouflante le super Once Upon a Time in Holly­wood ? Ou on enlève la nomination de Todd Philipps qui nous a épatés avec Joker ? On dit quoi à Bong Joon-Ho, le réalisateur sud-coréen, dont le film Parasite est tout simplement génial ? On dit à Sam Mendes qui a réalisé les prouesses techniques hallucinantes de 1917, qu’il doit se tasser? 

Quand je lis que les femmes ont été «exclues» ou «écartées» de cette catégorie, je hurle dans mon salon. Les journalistes devraient peut-être consulter un dictionnaire avant d’utiliser ces termes. 

Personne n’est exclu, la catégorie reflète simplement l’excellence des films en nomination. La compétition cette année est exceptionnelle. Aucun de ces réalisateurs n’a volé sa place. 

Pourquoi crier à l’injustice... quand il n’y a pas d’injustice? 

UN TORCHON ? 

Parlant de femmes et d’Oscars, avez-vous vu Brotherhood, de la Montréalaise Meryam Joobeur, qui est en nomination dans la catégorie court métrage? C’est un film magnifique et troublant. 

C’est l’histoire d’une famille de fermiers tunisiens : le fils aîné Malek revient en Tunisie après avoir combattu avec l’État islamique, accompagné de son épouse... qui est voilée de la tête aux pieds. Une petite fente laisse seulement entrevoir ses yeux. Même ses mains sont couvertes par des gants noirs. 

Or, que dit Mohamed, le père de Malek, en voyant sa bru porter le niqab : «Pourquoi porte-t-elle ce torchon?»  

Imaginez deux secondes le tollé si on remplaçait le nom Mohamed par Mathieu et qu’un père québécois disait ça à propos de sa bru!

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