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Confusion à l'approche de l'abolition des commissions scolaires

Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec.
Photo Simon Clark Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec.

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La confusion règne à moins de deux mois de la fin annoncée des commissions scolaires. Les représentants de directions, les cadres et les professionnels n’ont pas la même interprétation de qui décidera quoi dans les écoles.  

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Le 29 février prochain, le mandat des élus scolaires des commissions francophones est censé prendre fin. Que se passera-t-il alors?   

«Aucune idée. Le projet est tellement flou, a tellement de trous», dit Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec.    

Ces dernières seront transformées en «centres de services», qui devraient voir le jour en juillet 2020. La réforme devrait permettre aux écoles d’avoir plus de pouvoirs, si l’on se fie au projet de loi 40 déposé par le gouvernement caquiste cet automne.   

Or, les différents acteurs du milieu de l’éducation interrogés par Le Journal n’en ont pas tiré les mêmes conclusions.   

Par exemple, qui décidera dans quelles écoles iront les psychoéducateurs, psychologues et orthophonistes, et dans quelle proportion? Les directions d’école auront-elles plus de latitude qu’aujourd’hui à cet égard?

  • Le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Alain Fortier, et le président de la Fédération des directions d’établissement, Nicolas Prévost, étaient aux Effrontées sur QUB radio: 

«Extrêmement peur»  

«Ça nous fait extrêmement peur», dit Jacques Landry, président de la Fédération des professionnels de l’éducation.   

Il craint en effet que les services deviennent inégaux d’un établissement à l’autre, au gré des préférences des membres du personnel scolaire. Pour un même nombre d’élèves avec des difficultés semblables, une école pourrait par exemple se retrouver avec une orthophoniste à temps plein, alors qu’une autre bénéficierait de ce service seulement quelques heures par mois.   

Pour d’autres, il est très clair que les écoles, sur ce plan, n’auront pas plus de latitude. Le partage des professionnels continuera à être déterminé de façon centrale par un «comité de répartition des ressources», dit Nicolas Prévost, président de la Fédération des directions d’établissement.   

Plus de pouvoir ou pas?  

Selon Hélène Bourdages de l’Association montréalaise des directions d'établissement scolaire, il est trop tôt pour dire sur quels sujets les écoles auront réellement plus de marge de manœuvre.   

Derrière ses allures de décentralisation, la réforme ne ferait que donner plus de pouvoirs au ministre, croit Alain Fortier de la Fédération des commissions scolaires.   

«Nulle part [dans le projet de loi], on n'a été capables de trouver des pouvoirs accrus pour les directions d’école», dit M. Fortier.   

Fin du «mur à mur»  

Une interprétation qui étonne M. Prévost. Pour lui, il est évident que les écoles auront plus de liberté quand viendra le temps de choisir comment enseigner aux jeunes.   

Par exemple, les équipes-écoles devaient régulièrement se réunir pour discuter de stratégies pour améliorer la réussite. Or, certaines écoles pouvaient se faire imposer par la commission scolaire le sujet de la lecture, alors que leurs élèves réussissent très bien dans cette matière, tout en traînant de la patte en mathématiques, illustre M. Prévost.   

La réforme annonce donc la fin de ce type de «mur à mur» pédagogique, considère-t-il.   

Dans tous les cas, les zones nébuleuses du projet de loi devront être éclaircies pour que tout le monde ait la même compréhension de la réforme. «On veut que des personnes neutres nous la présentent. Autrement, on interprète tout ça à notre manière», dit M. Prévost.    

Quel impact pour les élèves et les parents?  

Au quotidien, les élèves et leurs parents ne verront pas de différence concrète lorsqu’ils entreront à l’école le lundi après la fin du mandat des élus scolaires.   

Les autobus passeront comme à l’habitude, les enseignants entreront en classe, les projets de construction et d’agrandissement se poursuivront.   

«La machine continue à rouler», résume Hélène Bourdages de l’AMDÈS. «Ce qui changera, c’est seulement la tête dirigeante.»   

Les parents qui sont insatisfaits de la gestion d’un incident par la direction de leur école auront toujours les mêmes recours, soit de porter plainte au secrétariat général, puis au Protecteur de l’élève, indique Nicolas Prévost de la FQDE.   

«Ceux qui disent qu’il n’arrivera rien [du jour au lendemain] ont raison [...]. Mais le rapport entre les humains va changer», dit Alain Fortier de la Fédération des commissions scolaires.   

Par exemple, des membres du personnel scolaire pourront siéger sur le conseil d’administration qui chapeautera les centres de service et qui donnera ainsi des directives au directeur général de l’organisation.   

«Mais comment est-ce qu’un employé peut être le patron de son patron?», se demande M. Fortier. Un salarié pourrait en effet sermonner le directeur général un soir... puis se retrouver avec une mesure disciplinaire le lendemain, illustre-t-il.