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Jean Charest, premier ministre du Canada?

Jean Charest
Photo d’archives, Agence QMI À moins que l’enquête Mâchurer ne soit fermée, cette épée de Damoclès continuera de flotter au-dessus de la tête de Jean Charest.

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Après 28 ans en politique active au fédéral et au Québec, Jean Charest ne fait toujours pas l’unanimité. Une seule chose est sûre : il ne laisse personne indifférent. Comme un chat, l’ex-premier ministre du Québec a eu plusieurs vies politiques.

Semble-t-il qu’il en voudrait même encore une autre. Cette fois-ci, en briguant possiblement la chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC). 

Or, ses 14 années à la tête du PLQ, dont trois mandats consécutifs au pouvoir, lui ont attaché de nombreuses casseroles au pied. Pour ne pas dire une batterie de cuisine au complet.

Lundi, notre Bureau d’enquête rapportait en effet que Jean Charest est « toujours la cible d’une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur les liens entre le financement politique du PLQ et l’octroi de contrats publics ». Du nom de Mâchurer, cette enquête criminelle traîne depuis 2014 et n’est toujours pas résolue.

Dans un tel contexte, quelqu’un d’autre que Jean Charest aurait mis une croix sur tout retour possible à la politique, mais pas lui. Son objectif : tenter de remporter la course à la chefferie et défaire Justin Trudeau au prochain scrutin fédéral.

Une première troublante

Pour ce faire, comme je le rappelais récemment, Jean Charest, lui-même un produit de l’ère Mulroney, devra cependant affronter le clan de l’ex-premier ministre Stephen Harper, dont le véritable poulain est le député ultraconservateur Pierre Poilievre.

Malgré Mâchurer, M. Charest, disons-le, n’est accusé de rien. S’il se présente à la chefferie conservatrice, il invoquera donc la présomption d’innocence. Ce sera alors au PCC d’en disposer, mais on y semble plutôt prêt à s’accommoder de la situation. Si tel était le cas, cela ferait du PCC une formation nationale prête à accueillir à sa propre course à la chefferie un candidat faisant l’objet d’une enquête criminelle.

Cela ne serait pas banal. Qui plus est, au-delà des différends idéologiques prévisibles opposant messieurs Charest et Poilievre, sur le plan strict des perceptions, l’épée de Damoclès qu’est Mâchurer continuera de flotter au-dessus de la tête de Jean Charest.

Pensez-y-bien

À moins que l’UPAC, dans un autre de ses fameux coups de théâtre, ne décide soudainement de « fermer » Mâchurer. Si l’UPAC poursuit toutefois son enquête, le PCC devra vivre lui aussi sous cette même épée. 

Pour un parti aspirant à former le prochain gouvernement du Canada, cela pourrait devenir un handicap.

Dit autrement, si M. Charest était élu à leur tête, l’enjeu central de l’éthique risquerait fort de rattraper les conservateurs. Face à Justin Trudeau, cela pourrait entacher la précieuse image de « propreté » du PCC qui, sous Stephen Harper, l’avait grandement aidé à défaire les libéraux croulant à l’époque sous le scandale des commandites.

Dans la mesure où les conservateurs se chercheront avant tout un chef apte à leur redonner le pouvoir, sans une fermeture claire et nette de l’enquête Mâchurer, la candidature de Jean Charest, aussi spectaculaire serait-elle en termes de notoriété, s’annonce déjà comme étant un très sérieux « pensez-y-bien ».