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Une Camerounaise expulsée après avoir été une bonne élève

Elle a continué de travailler à temps partiel après l’obtention de son diplôme

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SAINT-JÉRÔME | Une jeune programmeuse sera expulsée du pays sous peu parce qu’elle a continué de travailler dans une boutique après avoir terminé ses études quelques semaines plus vite que prévu.  

«Mon rêve s’écroule. Tout cela, parce que je ne savais pas que, si je terminais mes études quelques semaines plus rapidement que les autres, je n’avais plus le droit de travailler à temps partiel [ensuite]», lance Rose Eva, une Camerounaise de 23 ans.  

Elle est arrivée au Québec en 2017 pour faire une technique en programmation informatique à l’Institut Teccart à Montréal. Elle possédait une maîtrise en finance de l’Université de Yaoundé dans son pays natal. Sa sœur habitait déjà à Saint-Jérôme, ce qui a facilité sa venue au pays.  

Mme Eva étudiait à temps plein et travaillait à temps partiel dans une boutique de vêtements de Mirabel, comme la loi le lui permettait.  

À force d’efforts, elle a réussi à prendre de l’avance pour compléter son programme avant les autres étudiants. Elle a obtenu son diplôme le 17 septembre, soit trois mois plus tôt que prévu. Son visa expirait seulement en mars.  

«Je croyais que je pouvais travailler à temps partiel jusqu’à la fin de mon visa», lance-t-elle. 

Or, selon la loi, la jeune femme aurait dû cesser de travailler la journée de l’obtention de son diplôme, puis faire modifier son visa d’étudiante pour pouvoir travailler sans aller à l’école.  

L’avocat spécialisé en immigration Cheick Fall explique que la loi n’est pas toujours simple à comprendre.  

«Elle ne pouvait pas le savoir. Elle n’est pas juriste. Elle a fait sa demande seule pour venir au Canada. Aucun avocat ne lui a expliqué les subtilités de la loi», mentionne celui qui va la représenter dans le recours qu’elle vient de déposer pour en appeler de son expulsion.   

Questionnée aux douanes 

Le 28 décembre, Mme Eva s’est présentée aux douanes de Lacolle afin de demander le statut de résidente permanente. Après une série de questions, on lui a demandé la date de fin de ses études et si elle avait travaillé par la suite. La Camerounaise a répondu honnêtement. 

C’est alors que l’agent des Services frontaliers lui a annoncé la mauvaise nouvelle.  

Son objectif était d’avoir un emploi au Québec dans le domaine de la programmation de logiciels pour des banques ou des commerces qui veulent vendre leurs produits en ligne.  

Expertise recherchée 

«Elle a des qualifications recherchées. De nombreux commerces québécois veulent vendre en ligne et ont besoin de ses connaissances», lance Manuel Champagne, directeur général de Détail Québec, le comité sectoriel de main-d’œuvre du commerce de détail du gouvernement du Québec.  

Mme Eva est anéantie et affirme ne plus dormir.  

«Ma famille est ici. Mon père est décédé. Mon avenir était ici, dit-elle avec désespoir. J’aurais souhaité avoir une chance pour réparer ma faute», conclut Rose Eva.  

Si elle n’arrive pas à obtenir de sursis, elle devra quitter le Canada le 27 janvier et elle ne sera pas autorisée à revenir avant une année à titre de touriste.  

«Si elle veut [re]venir vivre et travailler ici, elle devra faire une demande de résidence permanente. Elle va devoir recommencer à zéro, sans avoir de garantie qu’elle sera acceptée pour y demeurer définitivement», explique Me Fall.