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Giuliani magouilleur en chef (prise 2)

Giuliani magouilleur en chef (prise 2)
AFP

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Déjà, en octobre 2019, je rédigeais un premier billet sur le rôle controversé de Rudy Giuliani dans l’entourage de Donald Trump. 

Après les révélations faites hier par son ancien associé Lev Parnas, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur le parcours professionnel pour le moins chaotique de celui qui fut considéré comme une figure héroïque au moment des attentats du 11 septembre 2001. Et je ne suis pas le seul. Bien des analystes et certains de ses anciens collaborateurs se grattent la tête pour trouver une explication autre que le seul appât du gain. 

Il faut savoir qu’en début de carrière, le jeune avocat Giuliani se démarquait continuellement. À 29 ans seulement, il dirigeait déjà le bureau chargé des stupéfiants pour le district de Manhattan et, cinq ans plus tard, on le retrouvait comme procureur général adjoint à Washington dans l’administration de Gerald Ford. 

Accumulant expérience et succès, il est nommé procureur fédéral du district sud de New York. Il s’y forge une réputation d’incorruptible et attaque directement le crime organisé, les cols blancs et même des amis de ses alliés politiques. 

Fort d’une réputation exceptionnelle, il vise la mairie de New York. Après un premier échec en 1989, Giuliani s’impose en 1993 en mettant en avant un programme de lutte contre la criminalité. Quiconque a visité New York avant et après le passage de Rudy a pu constater qu’on s’y sentait de plus en plus en sécurité. J’ai vécu l’expérience comme touriste et comme guide, et je me souviens très bien de l’impact des changements apportés. 

Si on déplorait à l’occasion le caractère autoritaire du maire et les excès de sa politique de lutte contre la criminalité (des innocents ont parfois payé le prix), la ville dont a ensuite hérité Michael Bloomberg était plus belle, plus sécuritaire et en meilleure santé financière. 

En s’appuyant sur la notoriété que lui apporte son rôle au moment de l’attaque terroriste de 2001, Giuliani vise ensuite la présidence. Une stratégie audacieuse mais maladroite lui coûtera l’investiture et il reviendra plutôt à John McCain d’affronter Barack Obama en 2008. 

La carrière du «Maire de l’Amérique» est donc jalonnée de succès et marquée du sceau de l’intégrité. D’où mon interrogation au début de ce texte. Que s’est-il passé pour qu’il soit maintenant au cœur de plusieurs dossiers qui se retrouvent devant les tribunaux, et au cœur du scandale ukrainien?  

En décembre dernier, un ancien collaborateur a publié dans le New York Times un article où il avance un certain nombre de facteurs pouvant expliquer la métamorphose de l’homme qu’il a déjà admiré et soutenu. Il impute les changements profonds dans le comportement de Giuliani au décès de son ancien conseiller Peter Powers, qui exerçait une influence déterminante sur l’ancien maire. 

On pointe également en direction de son troisième mariage, en 2003. Dès qu'il eut épousé Judith Nathan, Rudy s'est plu à fréquenter ceux qui se complaisent dans les mondanités. Apparaissant plus régulièrement aux côtés d’une élite qu’il avait auparavant critiquée, il s’installera à Palm Beach, en Floride, où il commencera à fréquenter régulièrement Donald Trump.  

Devenu millionnaire en monnayant son rôle de leader après les événements de 2001, Giuliani aurait-il oublié ses origines et sa vocation première? Il semble bien difficile, actuellement, d’associer son revirement des dernières années à autre chose que l’appât du gain.  

Comme il ne demande pas de rétribution à Donald Trump pour ses conseils juridiques, ils sont nombreux à emprunter la piste de ses revenus pour expliquer la situation. «Follow the money», dit-on régulièrement, et la piste mène invariablement vers la Russie, mais surtout vers l’Ukraine. 

Je rappelle en terminant qu’on enquête sur Giuliani pour les motifs suivants: il aurait enfreint la loi sur le financement électoral et la loi sur l'enregistrement des agents étrangers, aurait participé à une opération de blanchiment d’argent et aurait fait obstruction à la justice. On lui reproche également de la fraude électronique.  

Il n’est donc pas étonnant que ses anciens collaborateurs ne le reconnaissent plus et qu’ils se demandent s’il n’a pas perdu la tête. Ces mêmes collaborateurs lui suggèrent maintenant de s’adjoindre un très bon avocat.