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L’éléphant royal

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Photo AFP

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La monarchie, chez nous, c’est l’éléphant dans la pièce.

Sa présence est massive (sociétés, procureurs « de la Couronne »), quotidienne (nos 20 $), déterminante (la puissance impériale du fédéral vient de là)... Mais on ne la voit pas.

Parfois, un événement comme cette décision surprenante du prince Harry et de son épouse Meghan de prendre leurs distances avec le faste royal, et même de déménager une partie de l’année dans notre Dominion, permet de braquer les projecteurs sur cet aspect pratiquement « impensé » (comme diraient les universitaires) de la fédération.

L’après-Liz

Certes, le débat sur l’abolition surgit périodiquement. Le gouvernement Chrétien, en 1998, avait lancé l’idée : pour marquer le passage à l’an 2000, le Canada se proclamerait république.

Le ministre John Manley l’avait défendue courageusement. Le rejet avait été véhément dans le ROC (rest of Canada), alors qu’au Québec, elle avait suscité un intérêt amusé.

Le Megxit nous force au fond à devancer la réflexion sur l’après-Elizabeth II. L’actuelle souveraine fonde en grande partie l’appui actuel à la monarchie britannique. On peut parier qu’une fois « Liz » partie, l’envie de prendre ses distances avec ce régime gagnera bien des sujets du Dominion.

Les éditoriaux frontalement opposés des deux grands journaux de Toronto, le Globe and Mail et le Toronto Star, ces derniers jours, montrent toutefois que le débat ne sera pas simple.

Le Globe vantait une sorte de monarchie « virtuelle » canadienne, capable de conserver un lien avec celle du Royaume-Uni, mais en la gardant à distance. Les membres de la famille royale peuvent bien venir visiter le Canada, mais s’ils décident de s’installer ici, cela change tout, pestait le Globe, qui enjoignait le gouvernement Trudeau à refuser carrément l’installation de Meghan et Harry ici !

Le Star, au contraire, estimait celle-ci éminemment souhaitable en soulignant l’appui de 60 % des sujets canadiens à l’idée de faire de Harry le gouverneur général du Canada ! Les jeunes appuient cette proposition, exultait le Star.

Monarchie-phobie

Évidemment, au Québec, l’appui à un tel scénario – comme celui pour la monarchie tout court – est beaucoup plus bas.

D’où la réaction de François Legault, qui disait hier s’opposer fermement au financement, par les contribuables d’ici, de la sécurité de Meghan et Harry. Facile d’imaginer la nausée qu’une telle possibilité doit déclencher chez le qsiste Sol Zanetti, lui qui s’était déclaré « souillé à jamais » après avoir dû prêter serment à la reine en 2018.

Mais signe des temps, le Parti libéral du Québec, par l’entremise de son député Gregory Kelley, a déjà réservé une motion critique à l’égard de la monarchie. On n’en connaîtra la teneur exacte que lorsque l’Assemblée nationale reprendra ses travaux en février.

L’appui unanime de la chambre ne sera pas difficile à obtenir : l’antimonarchisme du PQ est bien connu, un sentiment présent à la CAQ, laquelle avait inscrit à son « Nouveau projet nationaliste » de 2015 l’abolition du poste de lieutenant-gouverneur.

Qui sait ? C’est peut-être le pachyderme royal qui forcera le Dominion à rouvrir sa constitution.