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Que le procès commence!

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Alors que démarre le procès de Donald Trump au Sénat, les chances de sa destitution sont minces, tout comme celles de l’exonération totale qu’il convoite. 

Le processus d’impeachment s’est achevé hier avec l’élection des procureurs, la signature des articles de mise en accusation par Nancy Pelosi et la livraison formelle des articles au Sénat. L’issue du procès fait peu de doute, car un vote des deux tiers pour la destitution reste extraordinairement improbable, mais son impact politique demeure incertain et dépendra largement des règles du jeu que les sénateurs devront adopter à la majorité. 

Le procès aura lieu 

Le président a souvent dit qu’il souhaitait un rejet du procès, puisqu’il juge que ses actions dans le dossier ukrainien étaient « parfaites ». Il n’a toutefois pas convaincu tous les sénateurs républicains.  

Il y aura donc procès, mais sous quelle forme ? Le processus sera-t-il frimé ou donnera-t-il vraiment une chance aux Sénateurs et au public de considérer toutes les preuves ? 

Des témoins clés qui n’ont pas témoigné devant la Chambre, comme le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, ou le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mick Mulvaney, pourraient comparaître. Même chose pour Lev Parnas, qui a agi comme intermédiaire dans l’affaire et a déjà fourni des documents compromettants pour le président.  

Un procès Potemkine ? 

La préférence du leader républicain du Sénat, Mitch McConnell, irait à un procès sans nouveaux éléments de preuve, où on n’entendrait que les exposés de la poursuite et de la défense pour ensuite passer au vote sans tambour ni trompette. 

L’option d’un procès qui ne serait qu’une façade semble toutefois exclue, car certains républicains ne souhaitent pas donner un passe-droit au président. D’autres croient même que l’appel de témoins comme Joe et Hunter Biden pourrait être une occasion de marquer des points aux dépens des démocrates. 

La constitution de la liste de témoins sera donc un exercice de haute voltige politique, car chaque étape doit être approuvée à la majorité et les leaders républicains sont déterminés à ne pas perdre le contrôle du processus.  

Il s’en tirera, mais comment ? 

Évidemment, comme il a su le faire dans sa vie privée pour une multitude d’accusations de fraude et de faillites — sans parler des plaintes contre lui qui vont du harcèlement sexuel au viol — Donald Trump évitera probablement la destitution. 

L’emprise qu’il exerce sur son parti est telle que la probabilité que vingt sénateurs républicains puissent juger que les abus de pouvoir et les gestes d’obstruction évidents qu’on reproche au président sont passibles de destitution est, a priori, infinitésimale. 

Le véritable défi des démocrates est donc d’exposer les faits de façon suffisamment convaincante pour que les électeurs puissent porter eux-mêmes ce jugement, idéalement avec l’aide de quelques républicains à contre-courant de leur parti. C’est probablement ce qui arrivera si les nouveaux témoins et documents exigés par les démocrates sont admis au procès.  

La détermination des règles du procès sera donc une étape cruciale. Si une poignée de sénateurs républicains se tiennent debout et ouvrent la porte à un procès en bonne et due forme, ce ne sera probablement pas suffisant pour mener à un vote des deux tiers pour la destitution, mais ça suffira peut-être pour faire la différence en novembre.