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Dans la tête de Jean Charest

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Que peut-il bien se passer dans la tête de Jean Charest ? Rêvant de se porter bientôt candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC), que pense-t-il des obstacles qui s’accumulent rapidement sur son chemin ? Finira-t-il par changer d’idée ou en sortira-t-il plus déterminé que jamais à foncer ?  

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Quelle que soit sa décision, l’ex-premier ministre libéral du Québec est un animal politique de plus en plus affaibli. Comme je l’écrivais la semaine dernière, déjà l’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper fera tout en son pouvoir pour lui barrer la route. Le clan Harper craint aussi de voir le PCC entaché par les squelettes encore grouillants dans le placard politique de M. Charest du temps où il dirigeait le PLQ et le gouvernement québécois.  

En refusant hier d’entendre l’ex-argentier libéral Marc Bibeau qui, depuis des années, court les tribunaux pour empêcher la publication de documents tirés de l’enquête Mâchurer de l’UPAC sur le financement occulte du PLQ sous l’ère Charest, la Cour suprême confirme les pires inquiétudes. 

Témoignages troublants 

Cette décision a permis la sortie fracassante d’extraits troublants de témoignages d’ex-entrepreneurs qui n’ont toutefois pas été testés en cour.  

Cependant, ils allèguent presque tous avoir subi de graves pressions de la part de M. Bibeau pour remplir illégalement les coffres libéraux au moyen de prête-noms ou en argent comptant. 

On savait déjà que plusieurs des entrepreneurs étaient de la filière influente des firmes d’ingénierie, dont SNC-Lavalin, toujours en quête de contrats publics lucratifs. On savait que ce financement dit « sectoriel » était illégal. On savait aussi que M. Bibeau avait ses entrées rapides et privilégiées jusqu’au bureau du premier ministre. 

Les deux pièces manquantes du casse-tête sont ailleurs. 1) En échange de leurs dons illégaux au PLQ, ces firmes auraient-elles obtenu des avantages indus du gouvernement Charest en contrats publics ou nominations partisanes ? Si oui, il pourrait s’agir de trafic d’influence. Donc, de gestes criminels. 2) Jean Charest était-il au courant ?  

Il est pourtant peu probable qu’autant de firmes aient donné autant d’argent aussi longtemps et illégalement au PLQ par simple amour de la démocratie. Idem pour M. Charest. Ayant été très proche de M. Bibeau sur le plan personnel, était-il vraiment possible qu’il n’ait rien su de ce qui se passait ? Pour qu’il y ait accusations au criminel, encore faut-il toutefois le prouver. 

PCC entaché 

Or, des extraits publiés hier contiennent des témoignages semblant faire eux-mêmes le lien entre des dons illégaux et l’obtention ou la protection de contrats publics. Exemple : Giuseppe Borsellino, de Construction Garnier, y dit avoir donné au PLQ pour que sa firme puisse « rester en vie ». Plus il donnait, selon lui, « plus il avait de gros contrats ». 

Plusieurs allèguent aussi du harcèlement de la part de M. Bibeau – qui n’est pas accusé –, pour donner de plus en plus au PLQ. L’impression qui se dégage est celle de firmes soumises à un racket politique de « protection ». Soit tous ces entrepreneurs mentent, soit il y avait quelque chose de pourri au royaume du PLQ. 

Parce qu’il est toujours l’objet de l’enquête Mâchurer et même s’il n’est accusé de rien, sur le plan politique, ces témoignages sont dévastateurs pour M. Charest. Ils ramènent les pires soupçons sur son règne au Québec. Lesquels, s’il se présente à la chefferie conservatrice, percoleront tout au long de la campagne. Ses adversaires en tireront une solide poignée contre lui. 

Ce qui, par contagion, entacherait le PCC. Là-dessus, je persiste et signe. S’ils veulent prendre le pouvoir, face à Justin Trudeau, la dernière chose dont les conservateurs ont besoin est de perdre leur précieuse image de parti « propre ». Stephen Harper ne sera pas seul à le penser.