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Attention, femme au volant!

Vers 1906

Avant Après
photo © Collection Pointe-à-Callière, 2017.31.03. Merle Vachelle au volant d’une voiture sur l’avenue des Pins à Montréal, vers 1906.
photo pierre-paul poulin

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En voiture avec Merle 

La mine sérieuse, Merle Vachelle est prête à partir en balade sur l’avenue des Pins en compagnie de son chien, la nounou, Mme Ball, et son demi-frère Desmond. Datant probablement de 1906, il s’agit de l’un des premiers clichés montrant une femme conduisant une voiture à Montréal. Il faut dire qu’au début du XXe siècle, les véhicules motorisés sont rares ; les femmes conductrices plus encore ! Il n’y a alors qu’une centaine d’automobiles dans la cité. En 1906, seulement deux femmes sont détentrices d’une voiture à Montréal : Clarence F. Smith et Shirley O’Gilvie. Cette automobile Maxwell 1905, modèle « L », type tourabout à 12 HP sur 2 cylindres, est la propriété du père de Merle, Herman Harvey Vachelle Koelle, un Montréalais d’origine allemande. C’est son fils Desmond, vêtu d’une robe sur ce cliché comme c’est l’usage pour les enfants à l’époque, qui a conservé ce souvenir marquant les débuts de l’automobile à Montréal. 

Une automobile, une plaque 

À l’avant, la voiture des Vachelle-Koelle porte la plaque Q639 de l’année 1906. Passionné des automobiles, mais aussi des règlements, Ucal-Henri Dandurand est le premier à faire une demande d’immatriculation en 1899. Pour ce faire, il se rend à l’hôtel de ville de Montréal. Pris au dépourvu, les fonctionnaires municipaux lui accordent un permis de circulation... pour une bicyclette. C’était alors le moyen de transport se rapprochant le plus de sa Waltham à vapeur à deux places ! Ce permis lui coûte un dollar. La somme peut sembler dérisoire aujourd’hui, mais c’est l’équivalent du salaire d’une journée d’un ouvrier. Augmenté au montant faramineux de 10 $ en 1904, il est réduit à 5 $ l’année suivante. En 1906, le gouvernement du Québec s’approprie finalement le lucratif privilège de l’enregistrement des véhicules motorisés. Détenteur de la première immatriculation québécoise, Dandurand fait peindre « Q1 » à l’arrière de sa Dion-Bouton, aujourd’hui exposée au musée Ramezay. 

Mésaventures sur les routes ! 

Vers 1906, la chaussée n’est pas asphaltée ni même pavée sur l’avenue des Pins à la hauteur de l’entrée de Park Drive (aujourd’hui, le chemin Serpentin). Constituant la norme à l’époque, ces chemins de terre nivelée se révèlent plein de surprises pour les automobilistes. Une pluie soudaine peut les rendre impraticables. Une sécheresse prolongée les rend si poussiéreux qu’il vaut mieux se munir de lunettes de protection ou d’un voile de tulle comme Merle, afin d’éviter d’être aveuglé durant le trajet. En plus d’être effrayés par le vacarme des moteurs, les chevaux circulant sur les routes perdent régulièrement les clous de leurs fers. Ayant quitté Trois-Rivières en voiture en 1910, l’écrivain Philippe Panneton, alias Ringuet, se souvient d’avoir réparé 11 crevaisons en une nuit sur la route vers Montréal ! Mais sous la pression des clubs d’automobilistes, l’état des routes va s’améliorer au cours des décennies suivantes, au point de reconfigurer la circulation des espaces urbains et ruraux.