/opinion/columnists
Navigation

Madame Dion: une figure emblématique

Céline et maman Dion
Photo courtoisie, Olivier Samson Arcand Céline Dion accompagnée de sa mère, Mme Thérèse Tanguay Dion.

Coup d'oeil sur cet article

Avec la mort de Thérèse Dion s’éteint une des dernières maîtresses femmes d’un Québec révolu. Elle incarnait en quelque sorte le matriarcat québécois.  

Cette femme a mis 14 enfants au monde comme l’exigeait l’Église à l’époque afin d’assurer la survie des Canadiens français catholiques. Elle possédait une force qui en intimidait plusieurs, car sa vie fut un combat perpétuel. Contre la pauvreté d’abord. Une pauvreté dont elle a triomphé, car Thérèse Dion n’a pas que porté sa famille à bout de bras, elle a aussi réussi à transmettre à sa tribu grouillante le respect de l’autorité – la sienne d’abord – et le goût du dépassement de soi à travers la musique qui l’a consolée de bien des peines.  

En devenant la reine des chanteuses, Céline Dion a fait accéder sa mère au titre de reine mère. Dotée d’une intelligence presque brutale, cette dernière ne faisait pas de quartier à ceux qui critiquaient sa dernière enfant, la quatorzième, qu’elle n’a pas désirée. Or, la volonté implacable de Céline Dion de parvenir au sommet de son art et de la gloire est une manière de remercier sa mère de l’avoir mise au monde. Toute sa vie, Céline a tenté de lui prouver sa reconnaissance et son amour. Un amour fusionnel, sans limites, devant lequel René Angélil s’est vite incliné.  

Respect  

D’ailleurs, René craignait respectueusement madame Dion. Peu de gens étaient à vrai dire assez téméraires pour l’affronter ou même oser lui déplaire. Car Thérèse Dion commandait le respect et il fallait être sot pour user de familiarité avec elle.  

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Madame Dion portait un regard distancé et même méfiant sur le monde. Par ailleurs, elle en imposait physiquement et psychologiquement. À ses enfants adultes comme à tous ceux, futés, qui avaient saisi le caractère bouillant de celle par qui l’on pouvait parvenir à Céline.  

Les féministes d’aujourd’hui considèrent sans doute une telle femme comme une victime. C’est ce qu’elle fut objectivement avec les naissances en rafale, la misère d’une vie quotidienne vécue dans la promiscuité d’une maison trop exiguë, sans argent. Mais avec la richesse de la musique, la famille se transformait en chorale à l’initiative de Thérèse Dion.  

Miracle  

Adhémar Dion ne souhaitait pas avoir d’enfants, mais Thérèse au contraire désirait une grande famille. Elle a donc imposé sa volonté, mais il est clair que la quatorzième grossesse fut de trop. Et c’est bien ainsi que le miracle existe. Céline a même permis à sa mère de s’émanciper en devenant une vedette reconnue par un large public, qui lui vouait admiration et reconnaissance. En ce sens, Céline a mis madame Dion au monde.  

Thérèse Dion ne fut pas ébranlée par sa notoriété médiatique, qui n’était que l’extension de son authenticité personnelle. Elle resta une femme du peuple. Malgré les bijoux dont sa fille la comblait, malgré les portes qui s’ouvraient devant elle, malgré les vedettes qu’elle côtoyait.  

Que ceci se sache : les générations des femmes comme Thérèse Dion ont assuré l’avenir du Québec en contribuant à sa survivance.