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Toute une femme

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Je suis sûr que chaque fois qu’elle entendait dire que le Québec était un patriarcat, elle s’étouffait dans son pâté.  

Il suffisait d’un regard pour comprendre que c’est elle qui portait les culottes.  

Pas Adhémar ni personne d’autre.  

Même René est passé par là et a dû prendre son trou quand il est arrivé dans la famille...  

COULÉE DANS LE ROC  

Denise Bombardier, qui lui rendait hommage hier à LCN, a raison : c’est avec des femmes comme Thérèse Dion (ou Maman Dion, comme on l’appelait tous) que le Québec s’est construit.    

Des femmes fortes, solides, coulées dans le roc.  

Chaque fois qu’on parle de l’histoire du Québec, on sort toujours les mêmes noms : Radisson, La Vérendrye, Dollard des Ormeaux — des aventuriers qu’on nous présente comme des symboles de courage, de hardiesse.    

Effectivement, ces coureurs des bois étaient des forces de la nature.  

Mais s’ils avaient été mariés à des femmes comme Thérèse Dion, même eux auraient filé doux une fois rentrés à la maison...  

Comme Symphorien et Cré Basile.  

Pourquoi pensez-vous que ces gars-là passaient le plus clair de leur temps dans le bois (et, plus tard, à la taverne) ?  

Oui, le bonhomme buvait de l’eau-de-vie, vendait des fourrures et faisait quelques fois la guerre contre des tribus amérindiennes.  

Mais pendant ce temps-là, la bonne femme, elle, restait à la maison et élevait 14 enfants.  

Elle sortait dans la neige, faisait chauffer le poêle, faisait la bouffe, torchait, lavait...  

Couchait les enfants dans le tiroir, cassait la glace du lavabo avec un pic.  

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Fragiles, les femmes ?  

Yeah, sure.  

Mettez-moi une Maman Dion et un Dollard des Ormeaux dans un ring, et je mise un brun sur Maman.     

Sans hésiter.  

Les Iroquois, à côté, c’est rien.  

De la petite bière.  

Un week-end à Disneyworld.  

PAS DE FILTRE  

Le Québec a eu beaucoup de mamans dans son histoire.  

Jehane Benoit, qui nous a montré comment manger.  

Janette Bertrand, qui nous a montré comment aimer (et baiser).  

Lise Payette, qui a montré aux Québécoises à foncer dans le tas, tout en reluquant le postérieur de Pierre Nadeau et de Richard Garneau.  

Et Maman Dion.  

Au fait, elle nous a montré quoi, Maman Dion ?  

Je me risque : à demeurer fidèle à qui on est.  

Maman Dion était elle-même. T’aimes ou t’aimes pas. Pour utiliser un anglicisme, elle n’avait pas de « buffer », pas de filtre.  

What You See Is What You Get.  

J’ai peut-être tort, mais j’ai l’impression qu’elle a transmis ça à Céline.  

Vous savez, le petit geste que Céline fait tout le temps quand elle chante ? Se frapper le thorax avec son poing, pour dire : « Je suis là, je suis ambitieuse, rien ne va m’arrêter, tasse-toi » ?  

Eh bien ça, pour moi, c’est Maman Dion.  

Les deux pieds plantés dans le sol.  

Impressionnée par rien.  

 Je me suis toujours demandé comment Céline avait fait pour ne pas devenir folle.  

Car avouons-le : les gens qui atteignent ce degré de célébrité finissent tous par perdre la carte.  

Pas Céline.  

Pourquoi ?  

Parce qu’elle avait sa famille autour d’elle.  

Maman Dion, c’était ça : une ancre.  

Comme ma mère. Et, probablement, comme la vôtre.  

Édito de Richard Martineau