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Faut-il vraiment rééduquer les Québécois francophones et les regarder de haut? À propos d'un reportage sermonneur.

Il devrait y avoir des limites au mépris

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Photo Fotolia

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La Presse, ces jours-ci, publie une série d’articles sur le «Projet Immersion », du Service de police de l’agglomération de Longueuil, qui entend plonger ses policiers au cœur des réalités sociales les plus difficiles, pour qu’ils se familiarisent avec elle. Spontanément, on pourrait applaudir. Mais il suffit de les lire pour déchanter. Le ton du reportage se veut pédagogique mais est surtout sermonneur - c'est ce qu'on pourrait appeler un reportage orienté, même éditorialisé. Derrière l’humanisme, on trouve une posture terriblement méprisante envers les policiers et plus largement, envers la société québécoise. On a pu le constater de manière caricaturale dans le deuxième texte, consacré aux rapports entre les policiers et l’islam – le titre fait d’ailleurs référence au «choc du voile». Les rôles sont ainsi partagés: d’un côté, des policiers globalement ignorants, un peu xénophobes, fermés à la différence, et de l’autre, des représentants de l’islam doux et compréhensif, qu’il faudrait accepter, pour peu qu’on le comprenne et qu’on se délivre de notre gangue identitaire. On trouve aussi dans ce «camp» des conseillers à la diversité qui accompagnent l’opération, à la manière de professeurs de morale, pour expliquer quels sont les bons et les mauvais comportements à adopter devant «l’autre» - on se croirait dans un cours d’ECR à ciel ouvert! 

Il faudrait s’intéresser à cette industrie des consultants en diversité qui à partir d’une sociologie fumeuse et militante, se proposent de rééduquer une population jugée fermée, dévorée par les préjugés et les stéréotypes, qu’il faudrait urgemment déconstruire, au nom du vivre-ensemble diversitaire. Qui ne voit pas une religion de récente implantation comme elle se voit est au mieux ignorant, au pire intolérant. La majorité historique francophone fonctionnerait dans un entre-soi inquiétant et il serait urgent de l’ouvrir à l’autre. Ce point de vue, convenons-en, est dominant chez nos élites universitaires. Comme l’écrivait un militant multiculturaliste dans Le Devoir il y a quelques jours dans un autre contexte, «la majorité francophone ne s’est pas affranchie de son caractère de société tricotée serrée. Les francophones, vivant entre eux dans l’inexistence de l’Autre, ne rencontrent que des personnes affranchies de la religion». Cette vision des choses était aussi portée quelques jours plus tard dans le même journal par Gérard Bouchard qui n’a jamais cessé de reprocher aux Québécois francophones depuis près de 20 ans leur supposée fermeture à la diversité, au point d’avoir voulu construire une nouvelle représentation de la nation, qui serait décentrée de leur expérience historique. Le peuple québécois devrait être rééduqué pour enfin faire preuve de maturité devant l’altérité. 

L’article le mentionne, les policiers, en visite dans une mosquée, sont nombreux à se montrer réservés devant le traitement réservé aux femmes, qui sont infériorisées explicitement à travers des symboles comme le voile. Ils demandent aussi: « Si la femme est égale à l’homme dans votre religion, pourquoi doit-on toujours parler à l’homme plutôt qu’à la femme quand on intervient comme patrouilleurs?» Et plusieurs autres questions pertinentes qui touchent pour la plupart à la ségrégation sexuelle. On aurait envie de demander: où est le problème? Ils expriment ainsi une forme de sain bon sens et refusent spontanément de se plier devant des mœurs qui contredisent formellement celles de la société d’accueil. Qui refuse de normaliser le voile – et plus encore le voile chez les fillettes, comme on peut le voir dans les photos qui accompagnent l’article - n’est pas nécessairement un effrayant xénophobe: il peut tout simplement ne pas accepter ce qu’il représente et se vouloir le défenseur des principes qui fondent notre civilisation et des mœurs qui les expriment et les soutiennent, tout à la fois. Cela ne l’empêchera pas de se comporter de manière courtoise et civilisée avec celles qui le portent, et de condamner ceux qui feraient preuve d’incivilité à leur égard, mais il devrait être encore permis de se prononcer sur la valeur d’un signe religieux et de ce qu’il symbolise sans être immédiatement transformé en paria, suspecté d’entretenir de mauvaises pensées, décrétées intolérantes. À moins que la critique des religions ne relève désormais automatiquement du blasphème? Il faudrait le savoir.

Le multiculturalisme qu’on nous impose repose sur l’inversion du devoir d’intégration. Ce n’est plus aux nouveaux arrivants à s’adapter à la société d’accueil mais cette dernière qui doit transformer ses mentalités, ses institutions, sa culture, pour s’adapter à la «diversité». Cette idéologie, on le sait, n’est pas portée exclusivement par Ottawa: elle a pénétré la société québécoise, et on y trouve ce qu’on pourrait appeler un parti multiculturaliste, présent à l’université, dans les médias, dans l’administration, et manifestement, dans la police. En fait, s’il est minoritaire dans la population, il est hégémonique idéologiquement dans nos institutions. On pourrait renverser la perspective. Pourquoi devons-nous comprendre l’infériorisation formelle et revendiquée des femmes? Pourquoi devons-nous faire des contorsions mentales pour accepter l’inacceptable? Pourquoi ne demanderait-on pas à ceux qui s’installent au Québec (ou dans n’importe quelle société occidentale) de comprendre nos mœurs, notre culture, et de s’y adapter? On nous sermonne avec l’ouverture à l’autre. Mais quand demandera-t-on à l’autre de s’ouvrir à nous? Une société d’accueil n’est-elle pas en droit d’exiger qu’on s’y intègre? Il ne devrait pas être scandaleux de faire de sa propre culture la norme chez soi. C’est l’idée inverse qui devrait nous scandaliser. Hélas, aujourd’hui, elle est dominante. Il faut combattre politiquement et intellectuellement l'idéologie multiculturaliste.