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Le ministre patauge à contre-courant

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark Le ministre échoue au test du changement pour le mieux.

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Jusqu’à présent, le projet de loi 40 du ministre Jean-François Roberge, qui vise à modifier la Loi sur l’instruction publique, principalement au chapitre de la gouvernance, a fait face à l’opposition de la grande majorité des intervenants qui ont eu à se prononcer sur la question.

Certains se désolent que des lobbys supposément puissants veuillent faire obstacle à un ministre qui a décidé de prendre le taureau de l’éducation par les cornes. Toutefois, c’est l’absence de vision du ministre qui l’expose à cette résistance. En fait, le monde de l’éducation en a soupé des réformes à répétition qui ont empiré les problèmes au fil des décennies.

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L’improvisation du ministre se manifeste depuis sa nomination. Le retour du congé des Fêtes n’a pas fait exception avec les quelques amendements alambiqués sur son projet de loi. Ainsi, il a rapidement suscité le scepticisme et la grogne chez certains groupes. Par son projet de loi, le ministre veut se donner le pouvoir d’intervenir directement dans chacune des écoles du Québec et avoir la mainmise sur toutes les administrations, tant dans les centres de services qu’il s’apprête à créer que dans les écoles qu’il dit vouloir rendre plus autonomes. 

Les affres de la centralisation excessive occasionnées par la réforme Barrette dans le secteur de la santé et des services sociaux ne lui servent pas de leçon, ce qui laisse croire à la prédominance d’une vision technocratique portée par les hauts fonctionnaires de son ministère. Sa renonciation à porter l’âge de la fréquentation scolaire obligatoire jusqu’à 18 ans renforce d’ailleurs le sentiment que ses réflexions rejoignent plutôt mal les volontés des grands mandarins. 

Pour les spécialistes de l’éducation, le projet de loi du ministre n’apporte pas de véritables solutions aux problèmes les plus criants qu’affrontent les milieux. Il risque même de les aggraver dans la confusion des guerres de pouvoir. Plutôt que d’octroyer des budgets suffisants à un service public de qualité et d’ajuster le programme de l’école québécoise, première source d’accroissement des problèmes d’apprentissage, le ministre s’égare dans une refonte de structures. La recherche démontre qu’elle sera sans effet sur la réussite éducative.

Les opportunistes

Les parents et les directeurs d’établissements, tout au moins leurs instances respectives, salivent à cette perspective de pouvoir accru, malgré tous les droits que se réserverait le ministre. 

Les comités de parents risquent très vite de déchanter à la lumière de ces pouvoirs illusoires et des entraves majeures auxquelles ils seront confrontés. Quant aux directeurs investis de responsabilités accrues, ils voudront rapidement jouir d’un salaire équivalent à celui des directeurs généraux des commissions scolaires. Les économies anticipées du ministre seront vite grugées par ces appétits de gestionnaires et n’aboutiront pas dans la classe.

Si l’éducation est une véritable priorité pour ce gouvernement, il devrait s’employer à mobiliser l’ensemble des acteurs au lieu d’écœurer les plus essentiels. Un recul salutaire s’impose. 

Le ministre échoue au test du changement pour le mieux.