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Les sables mouvants du Sahel

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Il y a quelque chose qu’on ne saisit pas, c’est clair. Plus les Occidentaux déploient leurs armées dans des pays jugés incapables de se défendre, plus la violence s’accroît. Et c’est, du coup, encore moins possible pour les troupes étrangères de rentrer chez elles. La lutte antiterrorisme, c’est mettre le doigt dans l’engrenage. Bonne chance pour en sortir ! 

L’argument veut que les États-Unis ne puissent pas partir d’Afghanistan sans que les talibans ramènent leurs lois féodales et que les « acquis » de plus de dix-huit ans d’opérations militaires se dissipent. 

Pas moyen non plus de quitter l’Irak sans que l’État islamique y reprenne pied et replonge le pays dans la guerre civile ou que l’Iran raffermisse son emprise sur la majorité chiite irakienne. Les Français sont pris dans un pareil bourbier au Sahel. 

TOUJOURS UNE BONNE RAISON 

Chaque conflit a ses particularités, ses justifications. Les Américains ont justifié l’invasion de l’Afghanistan pour en chasser Al-Qaïda, responsable des attaques du 11 septembre 2001. Ils ont essayé de justifier leur volonté de vengeance à l’égard de Saddam Hussein, en lui inventant des armes de destruction massive, ultimement inexistantes. 

Florence Parly, la ministre française des Armées, évoque, elle, le risque de la création d’un « sanctuaire terroriste aux portes de l’Europe » pour légitimer la poursuite de la vaste opération Barkhane en Afrique : 4500 soldats déployés sur un territoire aussi vaste que l’Europe. De toute évidence, il semble toujours y avoir de bonnes raisons pour s’installer et aucune assez convaincante pour plier bagage. 

DE MAL EN PIS 

Il y a une étincelle à tout. L’opération Barkhane avait été précédée en 2013 par l’opération Serval pour repousser un assaut des islamistes contre Bamako, la capitale du Mali. Sauf que dans cette immense région de sable et de misère, les frontières ne signifient rien aux combattants djihadistes, et la France a conclu que sa mission, pour réussir, devait s’étaler sur cinq pays et des milliers de kilomètres, de l’ouest à l’est et du nord au sud : Barkhane est née à l’été 2014. 

On prétend, depuis, avoir « neutralisé » 600 djihadistes, dont des chefs, mais à regarder 2019 de plus près, rien n’y paraît. La violence s’est accrue, les attaques islamistes se sont multipliées, et au lieu d’être confrontées à une offensive ici, une offensive là, les troupes françaises et les forces conjointes du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) jouent au Whac-A-Mole, intervenant dans une multitude de mini-conflits partout dans la région. 

« FRANCE DÉGAGE » 

Comble de l’ironie, des voix africaines — au Mali, notamment — demandent le départ des Français, jugés inefficaces face aux djihadistes. On imagine mal les troupes dégingandées du G5 Sahel faire mieux, mais Emmanuel Macron, recevant les dirigeants sahéliens en début de semaine dernière à Pau dans le sud de la France, s’est assuré de mettre les points sur les i et les barres sur les t. 

L’éventualité d’un retrait des troupes françaises n’augure certainement rien de bon à des leaders qui ont non seulement été incapables de se confronter à la menace islamiste, mais n’ont pas plus su contenir des querelles locales de plus en plus intenses qui, en soi, n’ont rien à voir avec la présence militaire française dans le secteur. 

Macron a fini par annoncer l’envoi de 220 soldats supplémentaires, mais la France n’est pas au bout de ses peines. Son collègue américain songe à rapatrier ses quelques centaines de soldats dans la région et à abandonner une base de plus de cent millions de dollars au Niger d’où décollent des drones, essentiels aux opérations françaises. 

La chasse aux djihadistes, c’est comme un tordeur à linge : une fois la main prise, pas facile de réussir à sauver le bras. 

Opération Barkhane 

MISSIONS  

  • Appuyer les forces armées des pays partenaires de la bande sahélo-saharienne dans la lutte contre les groupes armés terroristes 
  • Empêcher la reconstitution de sanctuaires terroristes dans la région  

UNE NÉBULEUSE ISLAMISTE...  

  • Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) – « Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans » 
  • État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) 
  • Ansarul Islam 
  • Boko Haram  

... face à 20 000 troupes locales et étrangères  

  • 4500 Français 
  • 13 000 Casques  
  • 13 000 Casques bleus de l’ONU 
  • 5000 militaires du G5 Sahel  

MOYENS DÉPLOYÉS  

  • 4500 militaires 
  • 3 drones 
  • 19 hélicoptères 
  • 7 avions de chasse 
  • 6 à 10 avions de transport tactiques et stratégioques 
  • 360 véhicules logistiques 
  • 210 véhicules blindés légers 
  • 260 véhicules blindés lourds