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Mon enfance

Hinchinbrooke
Photo courtoisie, André Forget Tu restais devant la télé seulement si tu étais malade.

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Nos parents ne passaient pas leur temps à nous surveiller.

Je partais le matin en vélo et je revenais à la maison pour souper.

Il n’y avait pas de cellulaire ni de géolocalisation. Si ma mère voulait savoir où j’étais, elle devait appeler les mères de mes amis.

« Richard est chez vous ?

– Non, je crois qu’il est chez Stéphane. »

« Richard est chez vous ?

– Non, je crois qu’il est chez Mario. »

« Richard est chez vous ?

– Non, je crois qu’il est chez Alain. »

« Richard est chez vous ?

– Oui, je te le passe ! »  

LA BOUTEILLE

On sortait dans la ruelle, et tous nos chums étaient là. Tu restais chez toi à regarder la télé seulement si tu étais malade. Ou en punition.

On jouait à la bouteille et à la cachette BBQ, et personne ne capotait.

On écoutait le plus grand de la gang dire qu’il avait pogné les seins d’une des sœurs Durand (la plus laide, mais quand même...) et on le regardait avec des yeux gros comme des caps de roue.

Quand tu te faisais écœurer à l’école, tu te défendais. Se faire écœurer faisait partie de la vie. Parfois, tu revenais de l’école ou du parc avec des égratignures sur les genoux. Tes parents te regardaient distraitement du coin de l’œil et disaient : « Mets-toi du mercurochrome pis un plaster. »

On volait des Penthouse au dépanneur. Le boutte du boutte de la porno, pour nous, c’était une fille qui relevait son t-shirt et qui se montrait les mamelons.

On mangeait de la viande. Tout le monde mangeait de la viande.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Quand t’allais souper chez quelqu’un, personne ne te demandait si tu avais des allergies. Pas besoin : personne n’en avait.

L’EXORCISTE

Il y avait des cinémas de quartier. Tu pouvais aller au cinéma à pied. Sans parent.

Les films duraient une heure et demie, pas trois heures. Mais il y en avait deux.

J’ai vu L’Exorciste, le film le plus épeurant de l’époque, à 13 ans. Je m’étais déguisé « en grand » pour aller le voir. J’ai eu peur, c’était le fun. Je n’ai pas eu besoin d’un psy. J’ai juste eu de la difficulté à dormir pendant quelques nuits, c’est tout.

Les mononcles qui buvaient trop n’étaient pas encore des alcooliques. Juste des soûlons.

Tu pouvais faire des grimaces quand tu voyais un gars avec des gros tatouages, et personne ne te criait des noms.

À l’Halloween, je me déguisais en Chinois. Quand on allait quêter des bonbons au Perrette, le propriétaire, qui était vietnamien (tous les propriétaires de Perrette étaient vietnamiens) trouvait ça très drôle.

Je laissais tomber mon crayon pour que la prof se penche et que je puisse regarder sa craque de seins. J’ai toujours pensé qu’elle savait ce que je faisais.

LE MAUDIT CURÉ

Mon père détestait la religion. À la maison, il n’arrêtait pas de gueuler contre le maudit curé, qui était allé voir mes parents parce qu’ils « empêchaient la famille » (mes parents n’avaient que deux enfants). À l’époque, critiquer la religion n’était pas considéré comme un crime.  

On nous foutait la paix, on nous laissait tranquilles.

Bref, c’était le paradis.