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Une révolution pour Haïti

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Photo AFP Une femme marche devant les ruines de la cathédrale Notre-Dame à Port-au-Prince. L’immeuble a été détruit lors du tremblement de terre de janvier 2010.

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Rarement un pays a été gouverné par une telle brochette de bandits et d’incompétents. Vendredi, un rapport des Nations Unies lançait un cri d’alarme : 3,7 millions d’Haïtiens risquent la famine. De ce nombre, un million risque de bientôt crever de faim, sur une population totale de 11 millions de personnes. 

Le rapport du Programme alimentaire des Nations Unies n’utilise pas les termes « crever de faim ». Entre diplomates, on utilise des termes plus polis. Ils sont en « situation d’urgence ».  

Pourquoi ? Officiellement, en raison des troubles sociaux, des hausses de prix et de la baisse de la production agricole.  

Oui, mais qu’est-ce qui a provoqué ces problèmes ? Les crapules et les incapables qui sont à la tête du pays. 

Situation qui se détériore 

La situation en Haïti devient de plus en plus grave. L’autre jour, mon chauffeur de taxi d’origine haïtienne surveillait fébrilement son téléphone cellulaire pendant qu’il conduisait. Il m’expliquait que des membres de sa famille en Haïti avaient été enlevés contre une rançon.  

– Avez-vous averti la police haïtienne ?  

– La police haïtienne ? Elle est pire que ceux qui ont fait l’enlèvement ! 

La situation est tellement tendue en Haïti que le 9 janvier, le Conseil de sécurité a demandé à toutes les parties d’ouvrir un dialogue national « inclusif et ouvert » pour former un gouvernement qui répondra « aux besoins du peuple haïtien sans plus attendre ». Et surtout, dit le Conseil, abstenez-vous de toute violence.  

Facile à dire à un peuple qui a faim.  

Élites qui s’empiffrent 

En réalité, tant que les élites actuelles resteront au pouvoir, rien ne changera. Elles continueront à s’empiffrer, entre autres grâce à l’argent qui arrive généreusement de l’étranger, ce qui, d’ailleurs, n’empêche pas ces mêmes élites d’accuser les étrangers d’être les responsables de tous les maux qui accablent Haïti.  

Pourtant, Haïti est le 4e pire pays au monde en ce qui concerne la distribution des richesses. Les chiffres datent de 2012. Haïti pourrait bien être, en 2020, à la tête de ce classement peu flatteur. Or, ce ne sont pas les étrangers qui redistribuent la richesse à Haïti.  

Haïti n’a plus de gouvernement officiel depuis le 13 janvier. Le mandat de tous les députés et du tiers des sénateurs s’est terminé à cette date. Parce que les dernières élections, qui devaient avoir lieu en octobre 2019, n’ont pas été tenues.  

Le président, Jouvenel Moïse, gouverne désormais par décrets. Va-t-il signer des décrets pour lutter contre la corruption et obliger une meilleure redistribution des richesses ? La bonne blague. 

Plus rien à espérer 

Les Haïtiens n’ont plus confiance en leurs élites politiques.  

Il se trouve parmi les Haïtiens des gens éduqués, honnêtes et compétents. Ce sont eux que les gouvernements et les organisations caritatives internationales devraient aider.  

Il n’y a probablement plus rien à espérer des élites haïtiennes, qui se sont échangé le pouvoir au gré des coups d’État. Ces élites sont incapables de satisfaire les besoins de base de la population. 

Des conditions aussi extrêmes sont propices à la naissance de révolutions. Il faut en souhaiter une pour bientôt aux Haïtiens. Parce que leurs dirigeants sont maintenant responsables de beaucoup trop de souffrance et de morts.