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Le ministère de l’Environnement cache les finances du Fonds vert

Plusieurs ministères sont en voie de rater leurs objectifs de réduction de GES

Le ministre de l'Environnement Benoît Charette
Photo d'archives Simon Clark Le ministre de l'Environnement Benoît Charette

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La lutte aux changements climatiques n’est pas la priorité de plusieurs ministères qui tentent de camoufler leurs échecs, et les finances du Fonds vert sont cachées, lance la PDG du « chien de garde » du Fonds vert. 

 « On est en 2020, et vous voulez faire disparaître le gardien du Fonds vert. C’est une décision du gouvernement. C’est vous les élus. Mais posez-vous la question : oui, on a dérangé », a affirmé Sylvie Chagnon, mardi, lors des auditions sur le projet de loi 44, qui vise à réformer le Fonds vert. 

Dans cette pièce législative, le ministre de l’Environnement, Benoît Charette, abolit le Conseil de gestion. Ce sera le ministre qui décidera quoi faire avec les sommes du Fonds vert, rebaptisé Fonds d’électrification et de changements climatiques. Le commissaire au développement durable, qui relève du Bureau du vérificateur général, sera appelé à observer, après coup, si les dépenses sont justifiées. 

Dépenses farfelues 

Créé en 2006, le Fonds vert devait être consacré à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). À la suite de rapports dévastateurs du vérificateur général et de reportages du Journal sur des dépenses farfelues, le gouvernement Couillard a créé le Conseil de gestion pour surveiller le ministère de l’Environnement. 

Pour plusieurs observateurs, résume Mme Chagnon, le Fonds vert était devenu un « bar ouvert » pour les ministères, alors que le Québec est en voie de rater ses cibles de réduction de GES. 

Or, « dès le départ », la création de cet organisme a été mal accueillie par la machine. « C’était très difficile », a affirmé Mme Chagnon devant les parlementaires. « On était censé recevoir des employés du ministère de l’Environnement. Ç’a pris huit mois avant qu’il y ait eu transfert. Et on n’a pas eu un mot à dire sur leur identité », a-t-elle dit. 

Finances cachées 

Plus étonnant, le chien de garde « n’avait pas accès à l’information financière du Fonds vert ».  

« Comment se fait-il que les états financiers du Fonds vert ne soient pas encore audités par le vérificateur général, depuis 2017-2018 ? » a-t-elle lancé. 

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Durant l’été 2018, Mme Chagnon fait une tournée auprès des ministères qui reçoivent des millions de dollars du Fonds vert, payés en grande partie par les automobilistes avec le marché du carbone. Elle réalise que ceux-ci « font passer leurs priorités avant les mesures sur les changements climatiques ». « On me l’a dit : on comprend, mais tu n’es pas notre priorité », a-t-elle rapporté. 

Objectifs ratés 

Plusieurs ministères sont d’ailleurs en voie de rater leurs objectifs de réduction de GES. Mme Chagnon affirme qu’ils souhaitaient modifier ces cibles pour camoufler leur échec, plutôt que de faire preuve de transparence et de l’expliquer aux Québécois. 

Benoît Charrette a, de son côté, laissé entendre que le Conseil de gestion provoquait des retards dans l’usage de sommes pour lutter contre les changements climatiques. Il a également accusé l’organisme de remettre en question le rôle du ministre de l’Environnement avec un avis juridique. 

Gaudreault scandalisé 

Le témoignage de Mme Chagnon a « scandalisé » le député péquiste Sylvain Gaudreault. Il estime que les Québécois sont en train de perdre confiance envers le gouvernement. Cette confiance est absolument nécessaire pour atteindre les cibles de réduction d’émission de GES, a-t-il plaidé. Le PLQ et Québec solidaire déplorent aussi l’abolition du Conseil de gestion.