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Maman Dion et notre avenir

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Thérèse Dion, c’était une vraie « pure laine ». Elle était du temps où il n’y avait au pays que les « Canadiens » qui parlaient français et les Anglais qui parlaient anglais.

Où qu’elle soit, où qu’elle aille, où qu’elle habite, madame Dion est toujours restée la même. Elle n’a jamais changé. Lorsqu’elle parlait anglais, on avait même l’impression d’entendre du français. 

Maman Dion était comme une robe d’Issey Miyake. Vous savez ces fameuses robes « pleats » d’il y a quelques années. On avait beau les faire tremper, les triturer, les teindre, les tordre, les mettre dans la sécheuse et les fourrer dans une valise en petit tapon, il suffisait de les secouer pour qu’elles reprennent leur allure d’origine.  

Madame Dion est passée à travers toute une vie de secousses et de transformations sans changer d’un iota. Il y a quelques décennies, elle est simplement devenue québécoise plutôt que canadienne, mais cela n’a rien changé à ce qu’elle était.

ON ÉTAIT DU BON BORD

À Waterloo où je suis né, nous nous battions une fois par mois contre les Anglais du High school. On était investis d’une mission. On ne gagnait pas souvent parce qu’ils étaient plus nombreux que nous, mais on savait qu’on finirait par prévaloir. Le temps jouait pour nous. On était du bon bord. Eux, ils étaient protestants. 

Un jour, j’étais entré en secret dans leur église, ce qui était un péché mortel, mais qu’importe ! Cette église n’avait rien à voir avec une « vraie » : pas de « présence réelle », pas de statue de la Sainte Vierge, mais un portrait du roi Georges VI devant un grand drapeau Union Jack. Même pas le Red Ensign avec son humble petit Union Jack.

Thérèse Dion n’a pas changé, mais le Québec n’est plus le même. Quand j’observe mes petits-enfants, je n’en vois aucun qui soit à l’image de maman Dion. Aucun qui ressemble à ce que j’étais à leur âge.

DES « CITOYENS DU MONDE »

Mes petits-enfants se sont promenés à travers le monde. Ils s’y sont fait des amis. Ils ont exporté leurs expressions et ils ont emprunté celles des autres. Ils ont adopté des coutumes étrangères. Ils ne vivent plus en Québécois de souche. 

Ils ne regardent pas la télévision que je regarde. Ils n’ont pas le câble et ils n’ont pas de ligne fixe de téléphone. Ils sont abonnés à Netflix et à Disney, mais ils ne savent pas qui sont Roy Dupuis et Séraphin Poudrier. Ils connaissent par cœur les chansons anglaises de Céline, mais ils ignorent Ce n’était qu’un rêve.

Ils ne sont inquiets ni de la langue française ni de l’avenir du Québec, mais ils se rongent les sangs pour la planète. Ils récupèrent, ils recyclent et ils ne mangent plus de viande rouge, s’ils ne sont pas déjà véganes. 

 Ils parlent une langue que j’ai du mal à comprendre. Elle est farcie d’onomatopées, de mots étranges et de mots anglais. Ils parlent numérique et ils pensent numérique. Peut-être que Justin Trudeau avait raison de déclarer que le Canada est le premier état postnational.

Ce n’est pas seulement Thérèse Dion qui disparaît, mais aussi le Québec qui était le sien et celui de tant d’autres « pure laine » comme vous et moi. Le temps ne joue plus pour nous.