/opinion/columnists
Navigation

Sur la planète «police»

FD-TIRS-POLICIERS-MONTREAL
Photo d'archives Jusqu’à 70 % du travail des policiers est maintenant de nature «sociale». Du jamais-vu.

Coup d'oeil sur cet article

Habiter sur la planète « police », c’est vivre dans un univers parallèle. Hormis pour les pommes pourries qu’on y trouve comme ailleurs, être « flic » est un métier dur, exigeant, dangereux, ingrat et d’autant plus complexe dans les grandes villes.

D’où cette idée toute simple. Comme le rapporte La Presse dans une série d’articles, pendant cinq semaines, le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) a libéré 30 de ses patrouilleurs et patrouilleuses. Objectif : leur faire vivre une immersion totale dans la vraie vie d’une société de plus en plus diversifiée sur tous les plans.

Sans uniforme ni arme de service, ils ont rencontré entre autres des personnes itinérantes, transgenres, déficientes intellectuelles, autistes, etc. Pas de game d’autorité. Juste de la conversation et des questions sans fard. Des questions posées de part et d’autre dans le but de désamorcer quelques préjugés tenaces.

Bravo

Étant moi-même fille de policier, je dis bravo. Dans ma jeunesse, des préjugés chez les policiers, j’en ai entendu des tonnes. Contre les Noirs, les femmes, les Juifs, les Arabes, les handicapés, les jeunes, les étudiants, etc. Idem dans le sens inverse. Les policiers se faisant traiter de « chiens sales », de « bœufs enragés » ou pire encore.

Être dans la police, ça use la tête, le cœur et le corps. Pourquoi ? Comme disait mon père : « Dans chaque grande ville, on en trouve deux. La ville tranquille que les citoyens honnêtes voient et celle que voient les policiers, pas mal moins agréable ». Les patrouilleurs voient ce qu’il y a de plus dur : vols, viols, violence conjugale, gangs de rue, etc.

Pour se protéger, certains se forment une carapace d’indifférence et de préjugés. Qui plus est, jusqu’à 70 % du travail des policiers est maintenant de nature « sociale ». Du jamais-vu. Maladies mentales. Logements insalubres. Pauvreté extrême. Itinérance. Aînés abandonnés. Enfants maltraités. Femmes battues ou tuées. Suicides. Etc.

Tous les jours, des policiers et policières ramassent les pots cassés d’un système de santé et de services sociaux en manque grave de ressources, d’humanisme et de vrais suivis.

Comprendre n’est pas cautionner

Puis, il y a la diversité ethnoculturelle. Croissante, elle désarçonne les corps policiers. Dans le programme du SPAL, les policiers et policières ont donc visité une mosquée. Zéro égalité homme-femme. Des filles de 5 ans voilées. Gros choc des valeurs. Cette réalité, les patrouilleurs doivent pourtant la connaître.

Ce qui ne leur commande pas pour autant de la cautionner. Au contraire. Les questions très critiques qu’ils ont posées à l’imam sur le voile et le rôle effacé des femmes le confirment. On se demande toutefois pourquoi le programme a choisi une mosquée dont l’imam, comme le rappelait ma collègue Sophie Durocher, serait aussi un propagandiste de la charia.

L’initiative de ce programme d’immersion est celle du chef du SPAL, Fady Dagher, lui-même d’origine libanaise. Parce que dans chaque ville, il y en a deux, son idée de les faire se rencontrer de temps à autre est la bonne.