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Charest a vu son ombre

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Il doit être furieux.  

Car retourner en politique ne permettait pas seulement à Jean Charest de faire ce qu’il aime le plus au monde (soulever des foules, serrer des mains et se faire de nombreux amis), ça lui permettait aussi – et surtout – de faire un superbe pied de nez aux Québécois.  

« Vous me croyiez fini ? Eh bien, je reviens plus en forme que jamais ! Et cette fois, ce n’est pas le Québec que je vais diriger, mais le pays ! Tiens, toé ! »  

LA RÉALITÉ EN FACE  

Malheureusement pour lui, monsieur Charest avait les yeux plus grands que la panse.  

C’est bien beau rêver, mais... il faut aussi tenir compte de la réalité. Si performante soit-elle, une Nissan ne gagnera jamais une course contre une Ferrari.  

Et la réalité, au-delà des nombreuses allégations qui minent sa crédibilité, est que l’ex-premier ministre du Québec n’avait pas beaucoup d’appuis dans le parti...  

Parce qu’il est trop « progressiste », comme il l’affirme lui-même (j’imagine la face de Manon Massé quand elle a lu ça...) ?  

Ou parce que son image est amochée au Québec, et que s’il veut gagner les prochaines élections le Parti conservateur ne peut se payer le luxe de se mettre une grande partie du Québec à dos ?  

Toujours est-il que monsieur Charest a vu son ombre et qu’il est retourné dans son terrier.  

Si j’étais un conseiller de Jean Charest, c’est exactement ce que je lui aurais dit.  

« Surtout, ne vous lancez pas là-dedans. Évitez les projecteurs, faites profil bas, on ne fait pas de vagues quand on est à bord d’un radeau... Vous avez déjà la presse québécoise aux trousses, voulez-vous que la presse canadienne-anglaise s’y mette aussi ? »  

Et puis, comme l’a dit le sénateur conservateur Leo Housakos : « Personnellement, j’ai beaucoup de difficulté à appuyer la candidature d’une personne qui est sous enquête criminelle. C’est irresponsable pour un candidat de mettre le parti dans une position dangereuse... »  

Comment le Parti conservateur pourrait-il critiquer le manque d’éthique de Justin Trudeau, s’il permettait à un homme qui fait l’objet d’une enquête criminelle de briguer sa direction ?  

  

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ACCOUCHE QU’ON BAPTISE !  

Donc, ce chapitre de la vie de monsieur Charest est terminé.  

Reste l’enquête de l’UPAC, qui se balance au-dessus de sa tête comme l’épée de Damoclès.  

Comme Me François-David Bernier l’a écrit sur son blogue lundi : « Est-ce normal d’être visé par une enquête qui n’aboutit pas et qui perdure pendant plusieurs années ? »  

Surtout lorsque tout le monde sait que vous êtes l’objet d’une enquête !  

Il ne s’agit pas de défendre ou non monsieur Charest. Mais un moment donné, comme le tonnait Jacques Chagnon dans l’affaire Guy Ouellette : « Qu’on accuse ou qu’on s’excuse ! »  

Certes, nous nous demandons tous comment Jean Charest aurait pu être ignorant des « initiatives » de son grand ami Marc Bibeau.  

Mais ce n’est pas comme ça (heureusement, d’ailleurs) que notre système de justice fonctionne.  

Ça prend des preuves.  

Ou tu les as (et tu portes des accusations), ou tu ne les as pas (et tu tires la plogue).  

Et jusqu’à maintenant, on a l’impression que l’UPAC ne les a pas. 

Édito de Richard Martineau