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La Régie peut encore mordre

Marie-Eve Dicaire
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Yvon Michel devra s’expliquer devant la Régie des alcools, des courses et des jeux.

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La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), l’organisme qui gère la boxe professionnelle, est encore capable de mordant.

Le 18 février, les régisseurs et leurs procureurs vont faire comparaître le promoteur Yvon Michel et le Groupe Yvon Michel. La Régie est très inquiète de certaines activités et de certaines relations de GYM et d’Yvon Michel, et a décidé de passer à l’action.

La convocation rendue publique il y a deux semaines pèse lourd. Atteinte au bon renom de la boxe, présence d’un groupe criminalisé et exercice d’un permis au bénéfice d’un tiers sont les points majeurs qui ont convaincu la Régie de passer à l’action.

En clair, la Régie accuse le Groupe Yvon Michel d’atteinte au bon renom du sport, d’avoir toléré la présence d’un groupe criminalisé et de s’être servi du permis de GYM pour permettre au groupe New Era Fighting and Promotion de faire la promotion de cette soirée du 20 septembre 2019 au Centre Pierre-Charbonneau.

Un monde complexe

Il va sans dire que le promoteur Yvon Michel va se défendre le 18 février. Et qu’il fournira de nombreuses raisons pour expliquer les fautes et les manquements qu’on lui reproche.

La boxe est un monde complexe, et de tout temps le crime organisé a tenté de s’y infiltrer. Il est rassurant que les dirigeants de la Régie se montrent aussi vigilants et soulèvent d’importantes questions. Si Yvon Michel est capable de fournir des explications valables et qu’il s’en tire avec des remontrances, ce sera tant mieux pour lui et son entreprise. 

Mais la Régie, en agissant comme elle le fait, rappelle pourquoi elle a été fondée. C’est la mort du boxeur Cleveland Denny qui a été le déclencheur ultime, le 20 juin 1980, de la création de la Régie de la sécurité dans les sports. Mais la Régie, présidée par le juge Raymond Bernier, avait été aussi créée pour foutre dehors la mafia et le crime organisé, qui infestaient la boxe d’une certaine époque. 

Je me rappelle que dans les années 1980, je m’étais présenté au 16e étage du Centre Sheraton un lundi matin avec le photographe Paul-Henri Talbot pour rencontrer Dave Hilton fils, pour une entrevue. C’était Frank Cotroni lui-même qui m’avait ouvert la porte.

Dans l’ascenseur qu’on avait pris seuls, lui et moi, il m’avait demandé de ne pas écrire son nom dans mon texte. Je lui avais répondu qu’il aurait mieux fait de se cacher dans les toilettes, ç’aurait été plus simple.

Le juge Bernier, la police et ses régisseurs ont nettoyé la boxe. Avec l’arrivée d’InterBox et d’Yvon Michel, la boxe s’est raffinée et s’est transformée en une industrie mieux gérée.

En agissant comme elle le fait, la Régie passe le message qu’elle veut que ça reste propre.

Un Hells assis près du promoteur

Yan Pellerin, qui comptait Francesco Cotroni comme associé, espère devenir promoteur de boxe depuis près de deux ans. Yvon Michel a ouvertement organisé une ou deux soirées « pour les aider » en attendant que l’enquête de la Sûreté du Québec soit complétée et que New Era reçoive son permis d’opération. Rien de secret dans le procédé.

Mais ça fait maintenant 10 mois que l’enquête de la Sûreté se poursuit et New Era n’a toujours pas obtenu de permis. C’était un premier signe de danger pour GYM.

Mais la présence de Salvatore Cazzetta, ancien chef allégué des Hells Angels, assis à droite et en retrait d’Yvon Michel dans le périmètre sécurisé par la Régie lors de la soirée du
20 septembre, a sans doute été la goutte qui a fait déborder le vase. 

Il faut savoir que les spectateurs qui s’assoient dans ces sièges entre la clôture et le ring sont des invités de la Régie ou du promoteur. Yvon Michel soutient qu’il s’est commis une erreur ce soir-là et qu’on a vendu des tickets pour des clients. C’est ainsi que M. Cazzetta, qu’Yvon Michel dit ne pas connaître, s’est retrouvé assis à ses côtés près des officiels et des juges. 

Toutes ces informations recueillies par la Régie l’ont incitée à passer à l’action.

Yvon Michel veut s’expliquer

Au cours d’une longue conversation, Yvon Michel a soutenu avoir des explications pour chacun des points avancés par la Régie. Sa longue expérience dans l’univers de la boxe devrait lui permettre à lui ainsi qu’à ses avocats d’offrir une défense convaincante pour le Tribunal. Par ailleurs, il a refusé de collaborer avec New Era dans l’organisation d’une soirée de boxe en décembre. Le gala a été finalement annulé.

Et enfin, il y a un combat de championnat du monde qui l’attend le 28 mars au Centre Videotron, et des combats importants avec Oscar Rivas et Eleider Alvarez.

Si la Régie voulait rappeler qu’elle a encore des dents, elle aura réussi...

Alvarez : on va savoir à 8 h 30

On croyait qu’Eleider Alvarez allait affronter Joe Smith en championnat du monde. Mais la WBO a chamboulé les plans de Top Rank en ordonnant qu’Eleider Alvarez rencontre Gilberto Ramirez avant de passer à un combat de championnat.« Mais le clan Ramirez n’est pas chaud à l’idée d’affronter Eleider. On demande des millions. Nous, à GYM et Top Rank, avons quand même accepté le défi lancé par la WBO. Et Ramirez a jusqu’à 8 h 30 ce matin pour accepter de son côté et s’engager à négocier », a expliqué Yvon Michel hier, en fin d’après-midi.

Si Ramirez refuse le combat, alors il est probable que la WBO demandera à Joe Smith de le faire. Le vainqueur rencontrerait alors le gagnant de l’affrontement entre les Russes Mar Salamov et Maxim Vlasov. 

Présenter le combat au Québec fait toujours partie des projets du promoteur.