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Le retrait préventif de Jean Charest

Jean Charest
Photo d'archives, Agence QMI

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L’attente est terminée. Jean Charest ne se portera pas candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada. Tout ça pour ça ? De toute évidence, l’animal de pouvoir en lui a fini par comprendre qu’il n’en sortirait pas vivant, politiquement parlant. Exit son « grand rêve » d’occuper un jour le poste de premier ministre du Canada. RIP. 

Pour de nombreux conservateurs, c’est un véritable soulagement. Comme je l’écrivais récemment, la dernière chose dont ils avaient besoin face à Justin Trudeau était de laisser les casseroles de Jean Charest en matière d’éthique faire dérailler leur campagne à la chefferie. 

Une chose est sûre. Après avoir lui-même confirmé son intérêt à retourner au bercail conservateur, les obstacles musclés qui se dressaient rapidement devant lui ont eu raison de ses ambitions tardives. Premier obstacle : la volonté ferme de l’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper de manœuvrer en coulisses pour lui barrer le passage. 

Obstacles insurmontables 

Deuxième obstacle : dans le cadre de l’enquête Mâchurer de l’UPAC sur le financement occulte du PLQ sous l’ère Charest, la publication jeudi dernier des témoignages troublants de nombreux ex-entrepreneurs. Ils prétendaient tous avoir subi de fortes pressions de son ex-argentier Marc Bibeau pour donner gros au PLQ s’ils voulaient obtenir des contrats publics. 

Troisième obstacle : l’annonce de Peter MacKay de se porter candidat à la chefferie conservatrice. À 54 ans, l’ex-chef du Parti progressiste-conservateur et artisan de la fusion en 2003 avec l’Alliance canadienne de Stephen Harper a l’avantage certain de pouvoir compter sur des appuis autant dans l’« aile » de la droite dure que chez les Red Tories. 

Peter MacKay offre aussi au PCC la certitude de ne plus être piégé par un conservatisme social à la Andrew Scheer. Surtout, il a tout ce qu’il faut pour séduire l’électorat ontarien de la grande région torontoise, vital à toute possibilité de retour au pouvoir des conservateurs. 

Bref, pour Jean Charest, les carottes étaient cuites. Le stratège aguerri en lui l’a bien compris. Or, l’orgueil étant ce qu’il est, il préfère « rationaliser » sa décision autrement. En entrevue hier avec Patrice Roy, à RDI, Jean Charest prétextait d’un PCC qui, depuis son départ en 1998, a « beaucoup changé ». 

Vraies raisons 

« Les règles de la course au leadership, disait-il aussi, sont très serrées ». Sans compter sa « vie familiale heureuse » — un grand classique ! Or, à part pour les règles de la course — et encore là —, M. Charest savait depuis longtemps que le PCC avait beaucoup changé. 

Tout comme il savait aussi qu’il avait une bien belle vie familiale et une vie professionnelle prenante. Rien de cela ne l’avait pourtant empêché de se préparer activement pour une candidature plus que probable. Comme quoi, en politique, il ne faut supposer de rien. 

L’impressionnant trio circonstanciel « Harper-UPAC-MacKay » est ce qui a vraiment provoqué le dénouement de cette histoire, il faut le dire, un brin surréaliste. 

Après ses 28 ans de politique active, la décision de Jean Charest d’opérer un retrait préventif est sage. Pour lui, le PCC et, par ricochet, pour son ancien parti, le PLQ, lui-même en pleine course à la chefferie. Mesdames et messieurs, bienvenue à la fin définitive de l’ère Charest.