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Drame au Lac-Saint-Jean: le guide aurait tenté de sauver le devant du peloton sur le lac

Les trois survivants ont raconté que le guide leur a demandé de retourner vers l’arrière avant de repartir pour rattraper le reste du groupe

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Photo tirée de Facebook Le guide qui accompagnait les cinq motoneigistes français disparus est retourné sur le lac Saint-Jean pour tenter de les rattraper.

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SAINT-HENRI-DE-TAILLON | Le guide de l’expédition qui a viré au drame mardi soir serait retourné volontairement vers les eaux libres du lac Saint-Jean pour tenter de rattraper le devant du peloton, qui se dirigeait tout droit vers la mort. Il y aura finalement laissé sa peau lui aussi.   

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Selon Charles Tremblay, propriétaire du dépanneur où se sont réfugiés les trois survivants, le guide Benoit Lespérance serait retourné vers le centre du lac Saint-Jean après s’être assuré que ces derniers étaient sains et saufs.« De ce qu’ils nous ont dit, le guide est revenu vers eux après avoir réalisé qu’ils ne suivaient plus, qu’ils étaient tombés à l’eau », raconte M. Tremblay.   

« Il leur a dit de revenir ici, au dépanneur, qu’il allait rattraper les autres et les rejoindre. Il n’est jamais revenu. »   

Ce témoignage laisse donc croire que le guide, comprenant probablement le danger d’avoir perdu cinq motoneigistes devant, a choisi de risquer sa vie pour les rejoindre.   

« S’il n’était pas retourné, il s’en serait sorti avec les trois autres. Mais un guide ne laissera pas son monde aller. Il a sûrement mis le gaz au fond sur l’eau pour essayer de passer et les rejoindre », croit Charles Tremblay.   

Vincent Nieuborg (à gauche), un ami du guide Benoit Lespérance (à droite), lors d’une excursion au Saguenay, en février 2018.
Photo courtoisie
Vincent Nieuborg (à gauche), un ami du guide Benoit Lespérance (à droite), lors d’une excursion au Saguenay, en février 2018.

Vers la mort  

Cette portion manquante de l’histoire permettrait également d’expliquer pourquoi les trois motoneigistes rescapés ne paniquaient pas lorsqu’ils sont arrivés au dépanneur.   

Pour eux, le reste du groupe avait seulement continué sa route. Un chemin qui les aura probablement menés vers la mort.   

Selon sa lecture du fil des événements, les trois Français n’auraient donc jamais vraiment compris ce qui était arrivé à leurs camarades.    

« C’est pour ça qu’ils ont juste dit qu’ils avaient perdu leur groupe et qu’ils essayaient de les appeler », précise M. Tremblay, toujours choqué par l’ampleur du drame. « C’est absolument terrible. »   

Un ami et ancien client de Benoit Lespérance assure d’ailleurs qu’il savait qu’il ne devait pas s’aventurer en motoneige sur les eaux de la rivière Grande Décharge.   

Depuis la Belgique, Vincent Nieuborg peine à croire au décès de celui qui était devenu un ami, au fil des années.   

L’homme indique que lui et Lespérance ont circulé, il y a deux ans, dans les sentiers à proximité du site de l’accident. Ils étaient restés dans les sentiers.   

Les recherches se sont poursuivies, jeudi, pour tenter de localiser les corps des cinq touristes disparus dans les eaux du lac Saint-Jean.
Photo Agence QMI, Roger Gagnon
Les recherches se sont poursuivies, jeudi, pour tenter de localiser les corps des cinq touristes disparus dans les eaux du lac Saint-Jean.

« Bien équipé et prudent »  

« Il savait qu’il y avait un danger à cet endroit. Il nous avait expliqué que les glaces ne se formaient pas », poursuit M. Nieuborg.   

« Je crois plutôt qu’il voulait peut-être rattraper un client », fait-il valoir, assurant que le guide était « toujours bien équipé » et, surtout, prudent.    

« Il avait toujours son téléphone satellite et une trousse. [...] On en voulait, on en redemandait. Mais lui, il nous freinait. On le poussait pour aller faire du hors-piste et il refusait », explique M. Nieuborg.   

Si Benoit Lespérance a tout tenté pour sauver le devant du peloton, les pompiers qui l’ont repêché ont aussi travaillé dans des conditions périlleuses. En entrevue avec Radio-Canada, le directeur du Service incendie d’Alma, Bernard Dallaire, a raconté que son équipe a dû parcourir 1,5 km à la marche sur une fine couche de glace pour atteindre le guide, qui a été repéré grâce à la lumière sur son casque. Les pompiers ont décidé qu’aucun équipement lourd ne pouvait se retrouver sur les glaces pour éviter qu’elles ne cèdent.   

 — Avec la collaboration de Catherine Bouchard