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Procès en destitution: Trump s’est pris «pour un roi», plaide l’accusation

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L’accusation a assuré jeudi, au troisième jour du procès historique de Donald Trump, que le président américain méritait d’être destitué parce qu’il s’était pris « pour un roi », agissant de manière « illégale » et « dangereuse ».  

Après une journée consacrée à l’exposé des faits, les procureurs démocrates ont repris leur argumentaire sur une note plus juridique devant les cent sénateurs qui font office de jurés.  

Leur but: prouver que Donald Trump s’est rendu coupable d’un des motifs de destitution cités dans la Constitution: « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs ».  

Compte tenu de la majorité républicaine au Sénat (53 sièges sur 100), ils n’ont quasiment aucune chance de gagner le procès, mais ils espèrent marquer les esprits des électeurs à dix mois de la présidentielle.  

D’emblée, l’élu de la Chambre des représentants Jerry Nadler, un ennemi de longue date de Donald Trump, l’a accusé d’avoir eu une conduite « mauvaise, illégale et dangereuse ».  

Le président a commis un « abus de pouvoir » en demandant à l’Ukraine d’annoncer une enquête sur Joe Biden, son adversaire potentiel à la présidentielle du 3 novembre, afin de « le mettre à genoux », a plaidé M. Nadler.   

Pour parvenir à ses fins, le milliardaire « est allé plus loin » en gelant une aide militaire cruciale pour ce pays en conflit avec la Russie, a poursuivi l’élu de New York, selon lequel « la destitution est la réponse ultime de la Constitution à un président qui se prend pour un roi ».  

Vieilles entrevues 

Les défenseurs de Donald Trump, à commencer par la star des prétoires Alan Dershowitz, arguent que le dossier d’accusation ne comprend pas de crime au sens pénal du terme et que la procédure de destitution n’est pas pertinente.  

Mais, comme l’a rappelé Jerry Nadler, ils n’ont pas toujours soutenu cette position. L’élu démocrate a ainsi diffusé un extrait d’une entrevue accordée par M. Dershowitz en 1998, quand Bill Clinton était empêtré dans le scandale de sa liaison avec Monica Lewinsky.  

« Il n’y a certainement pas besoin d’un crime si vous avez quelqu’un qui a corrompu sa fonction de président », avait alors déclaré le professeur de droit sur CNN.  

« Quand vous commencez à user de votre pouvoir et faites du mal à des gens, alors vous commettez un crime grave » au sens de la Constitution, estimait à la même époque l’élu républicain Lindsey Graham, devenu l’un des plus fidèles soutiens de Donald Trump.  

Le sénateur a brièvement quitté l’hémicycle au moment de la diffusion de cet extrait, a noté une journaliste du New York Times.  

Le procès est pourtant encadré par des règles strictes: les sénateurs doivent être présents aux audiences, abandonner leurs téléphones portables et rester silencieux « sous peine d’emprisonnement », comme leur rappelle chaque jour le « sergent d’armes » du Sénat.  

« Seigneur, aide les sénateurs à se rappeler qu’écouter veut souvent dire plus qu’entendre », a ajouté jeudi l’aumônier de la chambre haute. « Porter une attention empathique peut créer des ponts et de l’unité », a ajouté Barry Black dans sa prière quotidienne.  

« Mensonges »  

Cet appel à l’unité est intervenu après une nouvelle salve de tweets vengeurs émis par le locataire de la Maison Blanche à l’encontre d’Adam Schiff, procureur en chef à son procès.  

La présentation des « démocrates et de Schiff le fourbe » était « pleine de mensonges et de déformations de la réalité », a taclé dans la matinée Donald Trump, tout juste rentré du Forum économique mondial de Davos, en Suisse.  

Se posant à nouveau en victime d’une « chasse aux sorcières », le tempétueux milliardaire a jugé que l’audience de mercredi fut « la plus injuste et corrompue de l’histoire du Congrès ».  

À cette occasion, Adam Schiff a accusé l’ancien magnat de l’immobilier d’avoir essayé de « tricher » pour remporter un second mandat et a exhorté ses collègues républicains à manifester du « courage » pour faire émerger la « vérité ».  

Au total, l’accusation dispose de 24 heures sur trois jours pour défendre son dossier. À partir de samedi, ce sera le tour de la défense, pour la même durée.   

Puis les sénateurs auront 16 heures pour poser leurs questions, par écrit.  

Les démocrates devraient ensuite réclamer la convocation de nouveaux témoins, qui leur a été refusée jusqu’ici. Il leur faudra convaincre quatre républicains pour obtenir gain de cause.  

S’ils n’y parviennent pas, un vote sur la culpabilité du président devrait suivre rapidement. Il faudrait une majorité des deux tiers (67 voix) pour le destituer, un seuil a priori inatteignable.