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Quoi? Vous n’aimez pas la tarte aux pommes?

L’ouverture c’est bien, l’esprit critique aussi...

Quoi? Vous n’aimez pas la tarte aux pommes?
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

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L’ouverture c’est bien, l’esprit critique aussi...  

Cher lecteur, sache que ceci est une mise en garde. Dans les prochaines lignes, il y aura quelques positions critiques par rapport à l’initiative du service de police de Longueuil. À ceux pour qui toute critique de telles initiatives relèverait de l’intolérance, je vous invite à vous conforter en lisant François Cardinal.  

Au micro du 15-18 de la radio de Radio-Canada, la chroniqueuse Josée Boileau, qu’on ne peut inclure dans la méchante famille de Québecor, s’est dite «admirative et dubitative» face au projet Immersion de la police de Longueuil. N’en déplaise au successeur d’André Pratte, je me sens beaucoup comme elle... 

Personne n’est contre la tarte aux pommes 

Il y a plusieurs années, je me souviens d’une rencontre déterminante que j’avais faite avec un militaire canadien qui m’avait été présenté par un ami. Ce militaire avait fait deux «tours» en Afghanistan. Deux missions.  

Il m’avait expliqué à quel point les choses avaient changé dans les Forces avec le temps. Ce militaire avait aussi servi en Bosnie. La différence? Un effort de compréhension accru de la culture, du pays où un militaire est déployé. Chaque militaire qui partait vers l’Afghanistan avait suivi une formation – trop courte, diront certains – sur la culture du pays, les us et coutumes.  

Bien entendu, qu’on demande à des policiers de faire la même chose, de comprendre et de s’ouvrir un peu au milieu dans lequel ils devront œuvrer, voire même d’être en contact avec les collectivités du milieu, pourquoi pas? C’est faire œuvre utile. Personne n’est contre la tarte aux pommes.  

L’a-t-on déjà fait pour les policiers qui ont à intervenir auprès des Premières Nations? Des femmes autochtones? Des fondamentalistes chrétiens? Des collectivités sikhes? La liste est longue.  

 

Quoi? Vous n’aimez pas la tarte aux pommes?
MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL /AGENCE QMI

Avec le fait que le chef de police de Longueuil confronte ses policiers à la réalité de la plus grande mosquée du Québec et qu’il puisse compter sur un journal pour lui pondre une trame narrative qui goûte la tarte aux pommes, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

Bon, il y a bien le patrouilleur Guertin dans ce récit qui jouera le rôle du borné... Ça en prenait un. Tous les récits à l’eau de rose comportent au moins un vilain.  

Soyons francs, la partie du texte sur la visite à la mosquée est truffée de lieux communs et elle se décline de manière presque caricaturale.  

Et surtout, surtout, comme se questionnait Josée Boileau citée plus haut, «qu’est-ce qu’une communauté religieuse, intégriste, rigoriste, fait dans cette expérience-là»!  

À sa manière, selon son style, que certains apprécient et que d’autres exècrent, c’est un peu le sens du questionnement lancé par mon collègue Richard Martineau. Et comme on le sait, polarisant personnage, on aime bien, chez l’OSBL en faire le vilain.  

J’abonde dans le même sens que Boileau et Martineau donc... Pourquoi ce choix-là? Pourquoi cette mosquée connue pour ses prises de position controversées? Vous souvient-il de ce projet résidentiel «pour musulmans» en banlieue de Montréal qui avait beaucoup fait jaser fin 2016 et en 2017? C’est de cette mosquée qu’il originait. T'sé, la guerre c'est la paix; l'exclusion c'est l'ouverture... 

Josée Boileau toujours: «Tous les imams n’ont pas des rapports odieux avec les femmes, les homosexuels. Mais c’est quand même celle-là [la mosquée] qu’on a choisie. Donc ce choix, en lui-même, vient, en quelque sorte, avaliser certaines façons de voir. Dans ce cas-là, ce dont on avait l’impression, ce que là, fallait que les policiers comprennent pourquoi ils ne peuvent pas parler aux femmes, pourquoi cette communauté-là rejette les gais, et ceux qui ne comprenaient pas, c’était comme des [l’animatrice ajoute: des intolérants].» 

En effet, qu’est-ce que cette mosquée faisait dans cette expérience-là? Une infopub promulticulturalisme, à la limite, on aurait compris... 

*** 

 

Quoi? Vous n’aimez pas la tarte aux pommes?
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

Dans la seconde partie de ce texte (il y en a eu cinq au total) sur l’initiative du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL), on traite de la visite de policiers à la Maison internationale de la Rive-Sud, un organisme qui voit à l’accueil de réfugiés sur le territoire de la Montérégie.  

On sent déjà un arrimage plus pertinent dans l’optique de ce projet Immersion. On quitte le postulat religieux pour celui de la condition intrinsèque de la personne «réfugiée», des défis immenses du dépaysement.  

Utile immersion qui vise l’ensemble des gens qui sont placés dans cette difficile condition de devoir tout quitter pour un monde différent, nouveau, qu’on espère meilleur.  

Voilà un aspect intéressant du projet du SPAL. Il est tout à fait possible de féliciter le fondement de cette initiative tout en se désolant du fait qu’on ait choisi d’y inclure une communauté religieuse rigoriste, intégriste... Même en lui adjoignant le goût de la tarte aux pommes.