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Il n'est pas trop tard pour bien faire

Il n'est pas trop tard pour bien faire

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Le Québec a la marge de manœuvre nécessaire pour instaurer les balises jugées nécessaires dans ses champs de compétences. Certes, il faut se conformer au jugement de la cause Gladu-Truchon, mais absolument rien ne nous empêche de faire les choses correctement. Il s’agit de sortir de la seule logique juridique.  

Le jugement Gladu-Truchon a pour conséquence principale de retirer le critère de fin de vie pour l’accès à l’aide médicale à mourir. La fin de ce critère ouvre de facto à un certain nombre de maladies telles que la sclérose latérale ou le Parkinson.

Le ministre de la Justice fédéral, Lametti, a été clair cette semaine en indiquant que le Québec allait agir dans ses champs de compétences, en santé. Il a exprimé le désir qu’il n’y ait pas de régime à «contre-courant», et à aucun moment, il n’a indiqué ce que le Québec devait faire ou ne pas faire. 

Cela laisse toute la marge de manœuvre pour agir. En fait, nous avons davantage d’espace d’action que lorsque nous avons travaillé sur la loi sur les soins de fin de vie. 

Toutefois, du côté de Québec, on s’entête à faire croire que nous devons appliquer intégralement et passivement ce jugement. Après un tollé, on nous annonce une, puis peut-être quelques journées de consultations publiques, en plus d’une consultation en ligne. 

En évitant de prendre le leadership et de permettre aux élus, en adéquation avec l’opinion des citoyens, de mettre les balises jugées nécessaires, la ministre délègue plutôt le fardeau aux médecins. C’est inacceptable.

Quel dommage de voir ce dossier prendre une tournure aussi désolante. Comme le disait Jonathan Trudeau hier, «[le consensus] autour de l’aide médicale à mourir a pris une décennie à bâtir, et par ses improvisations, le gouvernement pourrait le pulvériser en l’espace de quelques jours».  

Un peu de créativité, svp

Rappelez-vous, le Québec a instauré l’aide médicale à mourir alors que le fédéral n’était absolument pas rendu là. Le Code criminel n’avait pas été modifié. Le Québec a agi dans ses compétences et la loi a passé le test des tribunaux. 

Pensez-vous vraiment que les juristes du ministère de la Justice, qui sont par nature très prudents, étaient enthousiastes à l’idée? Évidemment que non. C’est dans l’ordre des choses que par moment, la société amène le droit ailleurs. C’est normal comme gouvernement de faire preuve d’activisme et de créativité. 

Le leadership du Québec en la matière a fait école, et l’approche favorisée par la commission spéciale Mourir dans la dignité continue d’inspirer. Je comprends que le temps presse davantage cette fois-ci, mais nous avons le droit et le devoir de tenir les discussions nécessaires pour bien faire les choses. 

D’ailleurs, le fédéral va lui-même demander une extension. 

Discrimination?

Du côté du gouvernement du Québec, on nous répète qu’il est impossible d’agir, car il s’agirait de discrimination envers la maladie mentale. 

D’abord, je suis en désaccord avec cette affirmation. Les personnes atteintes de maladies mentales qui souffrent ne seraient pas discriminées parce qu’elles ont une maladie mentale et non physique. C’est le caractère permanent et dégénératif qu’il faut explorer. Aussi, il faut aborder de façon transparente la question de l’accès à des soins complets en santé mentale. Personnellement, j’ai besoin de connaître le plan de match de la ministre en la matière avant d’avoir une opinion arrêtée sur l’aide médicale à mourir pour les personnes bipolaires ou schizophrènes. 

Il ne s’agit pas de les discriminer, il s’agit de s’assurer ensemble qu’ils ont tous les outils pour cesser de souffrir avant que la décision de mourir. 

De toute façon, plusieurs lois se retrouvent contestées devant les tribunaux. De quoi a peur la CAQ? Le gouvernement ne s’est pas arrêté à cela lorsque c’était urgent d’interdire des signes religieux. La loi 21 est présentement devant les tribunaux, et c’est correct.

Pouvez-vous m’expliquer pourquoi il serait si inacceptable de baliser l’accès et de risquer ainsi que quelqu’un plaide la discrimination lorsqu’on parle de donner la mort à une personne qui souffre, mais qu’on est prêts à se battre pour interdire des signes religieux?