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Éclipse: lumière sur des poétesses de la Beat Generation

La pièce «Éclipse» de Marie Brassard avec Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, Ève Duranceau et Johanne Haberlin est présentée au Théâtre de Quat’Sous de Montréal.
PHOTO COURTOISIE, Yanick Macdonald La pièce «Éclipse» de Marie Brassard avec Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, Ève Duranceau et Johanne Haberlin est présentée au Théâtre de Quat’Sous de Montréal.

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Les hommes de la Beat Generation sont bien connus. On n’a qu’à penser au célèbre Jack Kerouac, dont les parents étaient Québécois, ainsi qu’à Allen Ginsberg et William S. Burroughs. Mais qui peut nommer une seule femme de ce courant littéraire et artistique qui a fleuri dans les années 1950 aux États-Unis? 

Avec son spectacle de poésie Éclipse présenté au Théâtre de Quat’Sous, Marie Brassard a comme objectif de redonner une voix à celles qui ont marqué ce mouvement, mais qui, comme bien d’autres, dans toutes les sphères de la société, ont été mise au rancart de l’Histoire. 

Des extraits de textes d’Elise Cowen, de Diane di Prima, de Hettie Jones, de Lenore Kandel, de Denise Levertov, de Janine Pommy Vega et d’Anne Waldman jaillissent donc de la bouche de quatre comédiennes québécoises. 

La pièce «Éclipse» de Marie Brassard avec Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, Ève Duranceau et Johanne Haberlin est présentée au Théâtre de Quat’Sous de Montréal.
PHOTO COURTOISIE, Yanick Macdonald

Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, Eve Duranceau et Johanne Haberlin portent avec précision leurs proses. Leur introduction, lorsqu’elles parlent tour à tour d’elles-mêmes, met d’ailleurs bien la table à ce travail d’équipe. 

Noir et blanc 

Les protagonistes sont bien appuyées par une scénographie en noir et blanc qui évoque à merveille les années 1950. Les projections qui couvrent un mur entier nous transportent à une autre époque. 

Les thèmes abordés varient allant de l’usage de la drogue à la critique du conformisme en passant par l’amour. Sauf exception, les textes sont livrés sans contexte, donc il est parfois difficile de savoir de quoi ils traitent exactement. Pour apprécier, il faut donc pouvoir s’imprégner de ces mots récités surtout en français, mais à certaines occasions en anglais (avec une traduction projetée sur le mur arrière). Et se rappeler que prendre la parole pour une femme à cette époque constituait un acte de courage et de liberté. 

Un des moments forts de cette soirée de poésie est certainement le dernier poème qu’aurait écrit Elise Cowen avant de se suicider en 1962. Certains passages plus critiques socialement s’avèrent aussi intéressants. 

Puisque chaque monologue ne dure que quelques minutes, cette production ne souffre pas de longueurs. En général, les textes n’ont pas une harmonie ou une originalité qu’on pourrait retrouver s’ils avaient été rédigés en français ni la force de frappe d’écrits coup-de-poing. 

Cette création remplit toutefois sa mission en faisant briller ces femmes éclipsées par le temps, et leur époque misogyne, et en nous rappelant que certaines voix méritant d’être entendues ne le sont toujours pas. 

Éclipse est présenté jusqu’au 15 février au Théâtre de Quat’Sous.