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Mort de Kobe Bryant: l’enquête ne fait que commencer sur «une scène d’accident terrible»

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LOS ANGELES | Une scène d’accident vraiment terrible »: l’enquête fédérale près de Los Angeles, visant à éclaircir les circonstances de l’accident d’hélicoptère fatal à la légende du basket Kobe Bryant, a apporté peu d’éléments lundi, au lendemain d’une tragédie qui suscitait une émotion généralisée.

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Compte tenu de l’affliction qui frappe les Lakers, club de toujours de Bryant, la NBA a annoncé le report du derby, initialement prévu mardi au Staples Center, qui devait les opposer aux Clippers, l’autre club de L.A. «

La décision a été prise par respect envers les Lakers, profondément affectés par la mort tragique de Kobe Bryant, de sa fille Gianna et de sept autres personnes », a argué l’instance, ajoutant que la rencontre serait reprogrammée. 

Une décision très rare en NBA, qui avait annulé un match entre les Celtics et Indiana en 2013 après l’attentat du marathon de Boston, et d’autres en 1963 après l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Peu après, l’agence américaine chargée de la sécurité dans les transports (NTSB), qui mène l’enquête aux côtés du régulateur américain de l’aviation, la FAA, a tenu un point presse pour évoquer l’avancée des recherches, après avoir examiné l’épave de l’hélicoptère qui s’est écrasé sur une colline au nord-ouest de Los Angeles.

Peu d’informations probantes ont été enregistrées sur « une scène d’accident vraiment terrible », ainsi qualifiée par Jennifer Homendy du NTSB, qui a précisé que « les débris étaient éparpillés sur environ 180 mètres ».

« Nous ne sommes pas ici pour déterminer la cause de l’accident, nous ne la déterminerons pas sur cette scène », a-t-elle poursuivi, ajoutant que l’appareil n’avait pas de boîte noire, car celle-ci n’était pas nécessaire sur ce type d’hélicoptère.

« Recueillir les preuves périssables »

«Nous serons là, environ cinq jours sur place, pour recueillir des preuves périssables », a-t-elle « anticipé », signe des difficultés auxquelles font face les enquêteurs sur les lieux du sinistre, difficilement accessibles dans les collines escarpées de Calabasas.

Alex Villanueva, le shérif du comté de Los Angeles, a pour sa part expliqué que les médecins légistes étaient toujours en phase de collecte et d’identification « des restes » des corps des victimes. « C’est une tâche très difficile, ça va prendre du temps », a-t-il déclaré.

« L’hélicoptère, un Sikorsky S-76B, à bord duquel se trouvaient les neuf victimes, s’est écrasé peu avant 13h dimanche, alors qu’un épais brouillard enveloppait la région. Il avait décollé de Newport Beach, où résidait Bryant, en direction de la Mamba Academy, un centre sportif propriété de la star situé à Newbury Park, à 135 km de là.

Autorités et experts semblent pour l’heure privilégier la piste météorologique plutôt que d’éventuels problèmes mécaniques.

Interrogée par l’AFP, la police de Los Angeles a indiqué que le manque de visibilité était tel que ses propres hélicoptères avaient été laissés au sol en matinée.

Philippe Lesourd, pilote d’hélicoptère et instructeur qui vole en Californie depuis 29 ans, a dit à l’AFP que la météo avait probablement fait perdre au pilote le contrôle de l’appareil, expliquant qu’il avait très probablement souffert de “désorientation spatiale” après avoir perdu de vue le sol en entrant dans les nuages. 

“La probabilité d’une grave défaillance des deux moteurs de cet engin est quasi nulle”, a confié au Los Angeles Times un ancien pilote de la compagnie Island Express, Kurt Deetz, qui a transporté à plusieurs reprises Kobe Bryant.

Les larmes de James

Outre Kobe et Gianna Bryant, les autres victimes sont un entraîneur de baseball, John Altobelli, sa femme Keri et leur fille Alyssa qui jouait au basket dans le même club que Gianna, Christina Mauser, entraîneuse adjointe de l’équipe de basket des deux adolescentes, Sarah et Payton Chester, une mère et sa fille, ainsi que le pilote Ara Zobayan.

Fleurs, bougies, maillots... Quelques centaines de fans continuaient de se recueillir lundi devant le Staples Center de Los Angeles. 

Kobe Bryant était une légende du basket. L’un des sept joueurs de l’histoire à avoir inscrit plus de 30 000 points durant sa carrière. Quintuple champion NBA, il avait également glané deux médailles d’or olympiques en 2008 et 2012 avec les États-Unis.

Son héritier sous le maillot des or et pourpre, LeBron James, n’a pas encore joint sa voix à la pluie d’hommages qui continuait d’affluer à travers le monde. Ses larmes de tristesse, filmées subrepticement à son arrivée à l’aéroport de Los Angeles la veille en provenance de Philadelphie, où il avait joué samedi, ont en revanche fait le tour du monde.

Son coéquipier Anthony Davis a lui été le premier joueur de l’équipe à s’être exprimé, lundi. “Que c’est dur. Tu as été le premier gars à me prendre sous ton aile et à me montrer les rouages de la ligue. On a eu tellement de bonnes conversations sur tant de sujets et je chérirai ces moments pour toujours. Je t’aime pour toujours”, a-t-il écrit lundi sur Instagram.

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Scénario de l’écrasement          

Vers 9h42, alors que le trajet était presque terminé, d’importantes complications sont cependant apparues.          

Pour la première fois depuis son décollage, l’hélicoptère ne survolait plus la dense population de Los Angeles, mais plutôt un terrain en collines qui montait en altitude. Pire, une forme en canyon a tendance à condenser le brouillard dans cette région, rendant la visibilité encore plus limitée. Alors que l’hélicoptère s’approchait de Calabasas, il ne se trouvait plus qu’à 500 pieds au-dessus du sol.   

Tentant visiblement de se distancer des collines, le pilote a amorcé une rapide ascension, gagnant près de 100 pieds en 36 secondes. Cette montée aurait placé le pilote tout près du plafond de nuages alors rapporté à cet endroit.          

Si le pilote a franchi cette ligne invisible alors qu’il était en VFR, alors il est entré dans ce que les enquêteurs appellent un vol continu en mode VFR dans des conditions météorologiques requérant un mode IFR. En d’autres mots, le pilote qui doit voir le sol pour s’orienter ne le voit plus et la perte de repères peut alors être rapide et fatale.          

«Lorsque vous entrez dans la soupe, vos sens ne fonctionnent plus, explique Cline. Personnellement, j’ai toujours l’impression de tomber vers la droite. D’autres peuvent avoir l’impression de tomber vers la gauche ou même d’être en ascension.»          

Un pilote expérimenté peut s’en sortir en se fiant aux indications sur son tableau de bord, mais celui de Kobe Bryant avait un autre problème: il savait que les collines devant lui continuaient de monter en altitude et qu’il n’était plus en mesure de les apercevoir. Pour éviter de frapper le sol, le pilote aurait pu continuer de prendre de l’altitude pour essayer de grimper plus rapidement que les collines. Il aurait aussi pu ralentir et amorcer une descente verticale jusqu’à sortir des nuages pour retrouver ses repères.          

Selon les données disponibles, le pilote semble plutôt avoir choisi une troisième option, soit celle de piquer vers la gauche et d’amorcer une descente. Pourquoi? Impossible de savoir ce qui a pu passer par la tête du pilote alors qu’il avait vraisemblablement perdu tout sens de l’orientation.         

Seulement 18 secondes après avoir amorcé son virage brusque vers la gauche, l’hélicoptère avait perdu 800 pieds en altitude. Le problème, c’est que les collines montaient autant devant l’hélicoptère que sur les côtés. Le Sikorsky S-76B a frappé le sol à une vitesse de près de 275 km/h, ne laissant aucun survivant.          

Il ne s’agit que d’une hypothèse élaborée à partir des informations disponibles actuellement. L'agence américaine chargée de la sécurité dans les transports (NTSB) a annoncé avoir dépêché une équipe de 18 personnes en Californie pour participer à l'enquête aux côtés du régulateur américain de l'aviation, la FAA.