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La paix sera-t-elle enfin au rendez-vous?

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Donald Trump n’a jamais craint les exagérations, l’hyperbole, la démesure. Un jour, on retrouvera « trumpien » parmi les synonymes d’excessif. L’assurance avec laquelle il s’est lancé dans la quête d’un deal pour le Moyen-Orient s’inscrit dans ces fanfaronnades qui font rouler les yeux des ambassadeurs, négociateurs et autres experts « who know better ». 

Le président américain est, malgré tout, confiant de s’en approcher avec un plan de paix qu’il doit dévoiler d’ici mardi, jour où il recevra à la Maison-Blanche le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. La veille, il aura accueilli Benny Gantz, son rival politique.  

Ce n’est pas une coïncidence si ce fameux plan de paix, qu’on attend depuis des mois, tombe ainsi à la fin janvier : l’occasion était trop belle de détourner l’attention de la tourmente de sa destitution. 

Le volet économique de ce plan a été dévoilé il y a déjà sept mois. Cinquante milliards de dollars de projets, partagés entre la Cisjordanie et la bande de Gaza d’un côté, et la Jordanie, l’Égypte et le Liban de l’autre. Les Palestiniens, dénonçant un parti-pris pro-israélien des Américains, avaient rejeté l’initiative. Le volet politique, du coup, est-il mort-né ? 

Une bouée pour Bibi 

Probablement pas. Les Israéliens vont y cueillir tout ce qu’ils pourront et Benjamin Netanyahou, le premier de tous. Comme son ami Donald, il connaît ces jours-ci sa part de misères. Il cherche, dans son cas, à échapper à trois accusations de corruption, en conservant son immunité parlementaire. 

Il doit, pour cela, sortir gagnant des élections législatives du 2 mars prochain, le troisième scrutin général en un an en Israël. Et à la façon dont l’administration Trump s’est comportée jusqu’à maintenant, on peut s’attendre à ce qu’il rentre triomphant chez lui. Le président américain lui a déjà concédé le déménagement à Jérusalem de l’ambassade des États-Unis, la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan et une attitude favorable aux implantations juives en territoire palestinien. 

Les Palestiniens, gros Jean comme devant  

Les Palestiniens, quant à eux, en sortiront doublement perdants. Le plan de paix, concocté sans les consulter par le gendre du président, Jared Kushner, les laissera sur leur faim. Ils ne pourront même pas, d’autre part, bénéficier du soutien des grandes capitales arabes. L’Arabie saoudite, par exemple, se préoccupe davantage de l’Iran que d’Israël qui est, en fait, devenu un allié stratégique dans son opposition au régime des ayatollahs. 

Paradoxalement, l’avenir des Palestiniens pourrait passer par leur intégration à l’État hébreu, qui le sera, du coup, beaucoup moins. Les partisans d’Israël se réjouissent du taux de fécondité élevé de la communauté ultra-orthodoxe juive. Les mères palestiniennes, pour tout dire, maintiennent le rythme et ce sera tout un défi pour Israël d’avaler les territoires palestiniens, tout en restant un État démocratique où tous les citoyens seront égaux. 

Tout bien réfléchi, vraiment ? 

Il n’y a pas que les Palestiniens à être sceptiques devant ce processus de paix de la Maison-Blanche de Trump. Les questionnements se sont multipliés depuis l’assassinat en début d’année du général iranien, Qassem Soleimani. Fareed Zakaria, dans le Washington Post, avance que la mort de Soleimani « aurait pu être justifiée comme un moyen de répondre aux provocations iraniennes, mais cette décision, comme une grande partie de la politique étrangère de Trump, était impulsive, imprudente, imprévue et incohérente. Avec comme impact principal, le chaos et la confusion ». 

Même son de cloche dans Foreign Affairs sous la plume de Brett McGurk, ancien haut fonctionnaire dans les administrations de Bush fils, d’Obama et de Trump : « cette Maison-Blanche mène une politique étrangère avec des objectifs inconciliables, aucune cohérence interne et aucune volonté de réfléchir aux décisions critiques avant qu’elles ne soient prises ». 

Difficile de croire, du coup, que ce plan de paix pour le Moyen-Orient a été soigneusement ficelé. Ce n’est tout simplement pas dans les habitudes de la maison. 

Israël   

  • 9 124 000 habitants 
  • 74,2 % Juifs 
  • 21 % Arabes  

Cisjordanie   

  • 2 940 000 habitants 
  • 72 % Arabes 
  • 28 % Juifs  

Bande de Gaza   

  • 1 837 000 habitants 
  • 99 % Arabes  

Réfugiés palestiniens   

  • Liban : 532 173 
  • Syrie : 618 128 
  • Jordanie : 2 286 643